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Les plates-formes alternatives tentent de défier les Bourses
par Raoul Sachs
PARIS (Reuters) - Neuf mois après son entrée en vigueur, la directive européenne sur les marchés d'instruments financiers (MIF) a permis l'émergence de plates-formes de négociations alternatives aux Bourses historiques mais celles-ci conservent encore leur position dominante.
Toutefois, soulignent aussi bien des gérants que des brokers, il est encore trop tôt pour tirer des conclusions sur le paysage actions d'autant que la concurrence va s'accroître avant le lancement opérationnel de Turquoise.
Turquoise est une plate-forme alternative (Multilateral trading facility, MTF en anglais) créée par neuf grandes banques d'investissement qui font, à elles seules, 50% du volume des Bourses européennes.
La MIF a mis fin, en droit, au quasi-monopole des Bourses traditionnelles en Europe, a renforcé la protection des investisseurs, individuels notamment, et posé le principe de "meilleure exécution" des ordres - meilleure exécution que les brokers doivent prouver à leurs clients.
"Les Bourses historiques préservent aujourd'hui leur statut de marché de référence puisqu'elles concentrent encore la plus grande part de la liquidité et gardent donc des avantages concurrentiels majeurs vis-à-vis des MTF", conclut une étude du cabinet Equinox pour l'Association française des professionnels des titres (AFTI).
Mais, a expliqué récemment lors d'une conférence Jean-François Rigal, directeur général d'Equinox Consulting, "la directive MIF a créé de nouveaux espaces de liquidités" qui sont de "réels facteurs de fragmentation de cette liquidité".
"Le problème c'est la capacité des MTF à atteindre à la liquidité critique", a observé de son côté Marcel Bejjani du cabinet de consultant Bearing Point.
A ce stade, trois MTF sont opérationnelles :
- Chi-X qui, grâce à une politique tarifaire agressive et une informatique performante, capte entre 5% et 10% de parts de marchés sur les valeurs cotées et 2% de l'ensemble des Bourses européennes;
- Trade Gate (Cortal Consors BNPP) réservée aux investisseurs individuels et qui leur offre des cotations en temps réel ce qui n'était pas le cas avant la MIF;
- EuroMillenium, une plate-forme d'échange de gros blocs d'actions réservée aux investisseurs institutionnels et qui leur offre l'anonymat total. Ces plates-formes, appelées aussi "dark pools", ne sont pas tenues de rapporter rapidement aux régulateurs les volumes échangés contrairement aux plates-formes plus classiques à carnets d'ordres ouverts.
Les Bourses traditionnelles entendent elles aussi capter ce type de clientèle. Le London Stock Exchange et Lehman Brothers ont annoncé ce jeudi le lancement d'un dark pool baptisé "Baikal" doté d'un système de trading algorithmique qui évite de faire décaler le marché sur de gros ordres.
"DARK POOLS"
NYSE Euronext avait pris ses marques dès octobre 2007 en annonçant le lancement en septembre 2008 de son propre darkpool appelé "Smartpool" en association avec BNP Paribas et
HSBC.
Turquoise, dont les actionnaires sont Goldman Sachs, Merrill Lynch, Citigroup, Morgan Stanley, Deutsche Bank, Crédit suisse, UBS, BNP Paribas et Société générale, aura un dark pool dès son lancement.
Equinox relève que, contrairement à ce qui se passe aux Etats-Unis, le "darkpooling" est récent en Europe et représente aujourd'hui encore moins de 1% des volumes. Les gérants restent encore réticents de crainte de fuites et de l'absence d'un seuil critique de liquidité.
"Le développement des dark pools en Europe va dépendre des acteurs 'buy-side' (investisseurs) et du positionnement des brokers ('sell-side') par rapport à ce nouveau modèle d'exécution", observe Jean-François Rigal.
La MIF laisse ouverte une autre voie de formation des prix et de meilleure exécution : l'internalisation systématique, ou exécution en interne des ordres de leurs clients par les brokers.
Mais, cette activité qui requiert notamment la mobilisation du compte propre de la banque, se heurte à des difficultés d'autant que la crise financière, qui a contraint les banques à mobiliser plus de capitaux propres, est loin d'être terminée.
Equinox, comme Bearing Point et plus largement les professionnels, estime que la MIF a ouvert une période de forte concurrence avec l'arrivé de nouveaux MTF mais qu'elle sera suivie par une phase de concentration compte tenu des coûts en informatique et de la nécessité de profondeur et de liquidité des plates-formes.
Aux Etats-Unis, la plupart des MTF importantes ont été rachetées ces dernières années par les Bourses historiques, NYSE, Amex, Nasdaq.
La MIF ne traite pas de l'activité post-marché et la Commission européenne s'est refusée à légiférer sur ce point. Elle a suggéré aux acteurs un code de bonne conduite favorisant la baisse du coût de la compensation et du règlement-livraison.
Elle a cependant déclenché un vive concurrence entre les différents compensateurs et dépositaires de titres en Europe où, contrairement aux Etats-Unis où il y a une seule chambre de compensation et un seul dépositaire, ils sont très nombreux et organisés très différemment selon les pays. Pour compliquer les choses, la fiscalité applicable à cette activité est si peu harmonisée qu'elle rend l'interopérabilité des compensateurs, demandée par les clients, très difficile.
"L'interopérabilité est souhaitable mais irréalisable", estime Roland Bellegarde, vice-président de NYSE Euronext chargé du Global trading en Europe.
Raoul Sachs, édité par Jean-Michel Bélot
"Ce qui dépend de toi, c'est d'accepter ou non ce qui ne dépend pas de toi." (Marc Aurèle)