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Et non, ce n'est plus comme avant ! Réveillez-Vous ! Il a raison Alain !
Je suis toujours surpris par l'assourdissant mutisme (dont celui des médias) que provoquent les défis qui sont devant nous. Nous allons traverser une époque sans précédent et être les témoins de trois phénomènes d'ampleur qu'aucune génération n'aura jamais connu jusqu'alors :
Vous avez peut être lu quelques articles dans la presse récemment sur cette problématique de l'approvisionnement en pétrole. Pour une écrasante majorité des journaux le discours servi est celui du « dormez tranquilles bonnes gens, du pétrole il y en aura toujours plein ! ».
J'ai ainsi lu début octobre, dans un quotidien économique, réputé sérieux et qui a fait un dossier sur le sujet pendant une semaine, une phrase stupéfiante « A terme, la technologie aidant (ndlr: pour l'extraction de pétrole lourd des sables bitumineux), les réserves canadiennes se chiffreront plutôt à 300 milliards de barrils si l'on en croit les experts. De quoi écarter pour quelques décennies le spectre d'une pénurie ... » Oups ! Ce genre de propos anesthésiant n'est vraiment pas responsable ! En effet, comment comparer la production de pétrole jaillissant des puits saoudiens avec celle permettant d'extraire le précieux liquide mêlé dans une boue de sable et de terre. La différence est à peu près la même qu'entre remplir un seau d'eau avec un tuyau d'arrosage et remplir le même seau d'eau avec une éponge ! La différence c'est la quantité que l'on sera capable de produire dans le même intervalle de temps. Il n'y a donc pas de pénurie au sens de la disparition d'une ressource, mais il y a déséquilibre profond entre l'offre et la demande. Le problème, auquel nous allons devoir faire face est probablement unique dans l'histoire de l'humanité. C'est la première fois qu'une civilisation n'aura pas « eu le temps » de mettre en place une énergie de substitution de façon progressive.
Je sais à ce stade de la lecture vous vous dites : « le Roque, il déraille ... quel pessimiste ! ». Tout d'abord, j'aimerais avoir tort, ensuite, soyons un peu responsables et acceptons les nouvelles même lorsqu'elles ne font pas plaisir. Grâce à la magie d'internet nous avons la possibilité de nous informer et de nous faire notre propre jugement sans le filtre des médias qui souvent écrivent des articles non pas pour apporter des informations mais pour plaire à leurs lecteurs.
Il ne s'agit pas d'une information façon « complot planétaire » ou « conspiration », non toute l'information est accessible. Donnez vous la peine de vérifier ! Pour ma part j'ai découvert ça récemment, en lisant l'excellentissime livre de Simmons, ... mais j'ai vérifié ses dires pour me forger ma propre opinion. Et je suis stupéfait d'avoir vécue aussi longtemps dans l'ignorance !
Tout d'abord la demande : La demande, je ne développe pas, en effet tout le monde connait la problématique des pays émergents et sait que le niveau actuel est proche de l'équilibre avec l'offre et que d'ici 2025 (donnée EIA) la demande devrait croitre de 54%. Sachant qu'actuellement seule l'Arabie Saoudite dispose réellement (du moins théoriquement) d'un surplus de capacité vous comprenez aisément l'intérêt d'étudier de près ce producteur.
L'offre : Le niveau de disponibilité réel de l'offre est difficile à décoder. Les pays producteurs et les compagnies pétrolières (voir Shell qui annonce la bouche en coeur une réduction de ... 20% de ses réserves, soit 4 milliards de barils, en janvier 2004) font preuve d'une imagination sans borne pour surévaluer leurs réserves et leurs capacités de production. Cette information ont peut la reconstituer à partir des avis d'experts. Un rapport fait au Sénat américain1 en 1979 est une source importante d'information. Vous pouvez récupérer ici un document qui reprend ces éléments et vérifier ainsi tout ce qui suit.
Le point important à noter avant toute chose, c'est que ce rapport a été rédigé juste avant que la société Aramco, exploitant les gisements d'Arabie Saoudite, ne quitte le giron US (les 4 actionnaires initiaux étaient des sociétés pétrolières US) pour être désormais gérée en direct par l'état saoudien. L'étude, menée pour le compte du Sénat américain qui avait peu apprécié l'embargo de 1973, a donc profité de ce que l'on faisait de mieux en matière de compétences pétrolières à l'époque.
Ce rapport est riche d'informations et d'une précision étonnante. Ecrit en 1979, il cherchait à évaluer l'environnement pétrolier à l'horizon de 2000:
Dans ce même rapport, le rédacteur précisait que la production de l'OPEC pour l'année 2000 ne devrait pas beaucoup varier de celle de 1979 : « OPEC production during the next 20 years will not differ significantly from its current level of 31 MBD. »
La production de l'OPEC a été de 29,3 millions de barrils jour en moyenne en 2000 et de 31,2 en juin 2005. (http://www.eia.doe.gov/emeu/international/petroleu.html#IntlProduction)
Concernant la production même de l'Arabie Saoudite, le rapport donne un objectif maximum de débit de 12 MB/j au plus en 2000. "Although the reserves which could permit an increase in production capacity they have announced their intentions to not exceed a maximum capacity of 12 MBD, and plan to reach this level of capacity in earliest."
Ce niveau n'a jamais été atteint. Ceci pour trois raisons :
Price Fahd on April 19, 1978, “Saudi Arabia has worked and is working sincerely and earnestly to provide an appropriate level of oil and gas production as an expression of its feeling of shared responsibility in the internatonal community, but our feelings of responsibility toward future generations in Saudi Arabia also claim careful consideration and the establishment of a calculated balance between the present and the future.
Sur le sujet, très contreversé, des réserves le rapport n'envisageait pas de découvertes majeures mais plutôt l'extension des gisements existants dont ceux du Moyen-Orient. Major additions to the world’s known oil supplies are likely to result from additional recovery in known fields rather than new field discoveries. These new additions are not expected to alter the dominance of the Middle East since over half of the new additions are expected to be in the Middle East. Moreover, the world distribution of ultimately recoverable oil is not believed to differ significantly from the known distribution today.
Ce fut d'ailleurs le cas, aucune découverte majeure n'ayant été faite hors du périmètre connu en 1979. Il est donc très étonnant que l'évaluation faite en 1979 de 163.4 milliards de barrils de réserve pour l'Arabie Saoudite, se traduise aujourd'hui par un chiffre de 262.7 milliards sans découverte significative entre temps (le niveau des réserves au sein de l'OPEC est la clé d'attribution des quota de production).
A ce stade vous pouvez logiquement vous demander si un document de 1979, qui malgré tout a vu juste sur pas mal d'autres points, est toujours fiable pour assurer une estimation de la production de l'Arabie Saoudite en 2005 et surtout pour évaluer la capacité de l'offre saoudienne à monter en puissance face à une demande soutenue.
J'ai donc cherché d'autres sources.
Celle-ci par exemple : Une chose est certaine : le temps du pétrole facile est terminé. ... one thing is clear: the era of easy oil is over. What we all do next will determine how well we meet the energy needs of the entire world in this century and beyond.
La plupart des gisements de pétrole ou de gaz sont au stade mature. Many of the world’s oil and gas fields are maturing.
Et les nouvelles découvertes sont princiaplement faites dans des endroits où la ressources est difficle à exploiter – physiquement, techniquement, économiquement et politiquement. And new energy discoveries are mainly occurring in places where resources are difficult to extract—physically, technically, economically, and politically. When growing demand meets tighter supplies, the result is more competition for the same resources.
Nos réserves connues de combustible fossile déclines déjà, et les sources d'énergie alternatives ne se développent pas suffisamment vite pour répondre à la demande future. Yet our known fossil fuel reserves are in decline, and alternative energy sources are not expanding rapidly enough to meet future demand.
... au sujet des sables bitumineux : Le hic est qu'il pourrait nécessiter plus d'énergie et coûter plus pour extraire et produire du pétrole depuis ces sources non-conventionnelles qu'il n'en rapporterait. The catch is that it may currently take more energy and may cost more to extract and produce oil from some of these unconventional forms than would be gained.
Le pétrole, le gaz et le charbon vont continuer à représenter une part significative des sources d'énergie pour les décennies à venir. Mais, ils cèderont de plus en plus de parts de marché à d'autres sources d'énergie. Oil, gas, and coal will continue to be a significant energy source for decades to come.But, over time, they will likely share more and more of the market with other sources of energy.
L'auteur de ces phrases, n'est autre que le pétrolier américain ... Chevron. Difficile de dire qu'il ne sait pas de quoi il parle ! Conscient du séisme, Chevron ne joue pas l'autruche comme d'autres, mais joue cartes sur table. Un site web particulier a été créé pour communiquer avec le grand public, chapeau ! :
Autres témoins appelés à la barre, les 21 ministres de l'économie de l'APEC (zône Asie-Pacifique)qui se sont réunis en Corée à Gyeongju le 19 octobre sur le sujet de l'énergie. Leurs conclusions sont claires :
Ces informations sont accessibles ici En conclusion il semble bien que l'offre soit aujourd'hui proche de la saturation. La variable habituelle d'ajustement, l'Arabie Saoudite, étant elle-même incapable de combler les déficits de production des autres producteurs. Un élément important a été relevé par Energy Bulletin3, un pic de production possible sur le pétrole de qualité extra-light (produit rare et facile à raffiner, ceci explique peut être le "goulot d'étranglement " de produit de rafinage. Ce goulot serait ainsi plus du à une reconversion des sites vers le rafinage de produit lourd qu'à un réel manque de capacité (c'est une analyse perso).
Avec ces éclairages je pense qu'il est assez aisé de reconstituer les évènements passés et présents qui se sont déroulés, ou bien se déroulent encore, sous nos yeux niais :
Que faire de tout celà sur un site d'analyse technique ? A mon sens, autant l'analyse technique permet de tirer des bords connaissant les vents près de la côte, autant elle n'a pas vocation à prévoir la météo au large. C'est par une analyse des menaces et des opportunités qui nous entourent qu'il nous est possible de nous situer dans le mouvement général.
Aujourd'hui, ce n'est plus comme avant ... Avant lorsque les matières premières montaient, c'était à la suite d'une longue période de désinvestissements. Les cycles d'investissements font en fait la rareté ou l'abondance de matières premières. Peu de capitaux et c'est peu de projets industriels, et donc à un moment donné la rareté. Des produits industriels peu chers c'est peu de capitaux et des bulles financières. A contrario, un excès de capitaux et c'est la surproduction, l'abondance de matières premières et à un certain moment la chute des prix. Au départ les capitaux viennent sur ces projets car les prix deviennent attractifs ... le capital y trouve un rendement assuré ! Dans cette logique, il y a un lien étroit entre le volume de capitaux et le volume de matières premières, jusqu'au moment du déséquilibre par le prix. J'injecte plus de capitaux et presque mécaniquement j'extraie plus de fer ou de plomb ou de zinc.Quand les capitaux se retirent, j'en extraie moins car les prix ont chuté et la demande est moins forte du fait d'une baisse de la demande initiée par des prix trop élévés.
Aujourd'hui ce qui change c'est que le pétrole n'est sans doute plus en mesure de répondre de façon aussi "mécanique". L'augmentation des investissements ne peut pas pallier le déficit d'offre. Un réservoir de pétrole c'est comme une bouteille de champagne secouée. S'il y a du gaz le champagne sort, s'il n'y a plus de gaz, il ne se passera rien et il faudra utiliser des moyens utilisant eux mêmes de l'énergie pour aller le chercher. Dans un gisement de pétrole le gaz du champagne est remplacé par une nappe aquifère ou des nappes de gaz qui maintiennent une pression élevée sur le liquide. Au bout d'un certain temps d'exploitation, et celà malgré les techniques d'injection qui cherchent à se substituer aux pressions naturelles, le pétrole n'est plus sous pression suffisante ... et produit beaucoup d'eau voire ... ne remonte plus. Tout ceci nous prédit donc un pétrole cher, très cher ... sauf .... si une récession importante se développait et muselait la demande ! ....et ça on a déjà connu :
1Rapport de 1979: US, Congress, Senate, Committee on foreign Relations, the future of Saudi Arabian 2http://www.eia.doe.gov/pub/oil_gas/petroleum/data_publications/weekly_petroleum_status_report/current/pdf/table11.pdf “The key point is that non-OPEC light sweet crude went from 41% of 66 mb/d to 34% of 70 mb/d from 2000 to 2004, a drop of 3.26 mb/d. OPEC added 1 mb/d of light sweet crude over the same period resulting in a global reduction of light sweet crude of over 2mb/d showing that global light sweet crude has peaked and is now in decline.”
Sources : Energy Bulletin + OPEC Monthly Oil Market Report August 2005 http://www.energybulletin.net/8102.html http://www.opec.org/home/Monthly%20Oil%20Market%20Reports/2005/pdf/MR082005.pdf Avertissement :
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