Oh ... ma jolie TARA !Les dernières analyses liées :
Un peu partout, et bien entendu sur les forums de Pro-AT et d'Invest-AT, le débât fait rage : inflation ou bien déflation ? Pour permettre d'éclairer votre lanterne je vous propose aujourd'hui ces quelques éléments de réflexion. Tout d'abord, et cela pour éviter les sempiternels échanges de sourds, de quoi parle-t-on ? La langue française a été pendant longtemps la langue des diplomates précisément pour sa précision. Il n'y aurait rien de plus fâcheux que de se déclarer la guerre pour une banale incompréhension. Comme l'écrivait déjà John Maynard KEYNES en 1923 (La réforme monétaire) : « Les mots d'inflation et de déflation sont employés par les écrivains dans différents sens. ». Pour commencer demandons au bon vieux dico les définitions de ces deux termes : INFLATION, subst. fém. Vous constatez, dans ces deux définitions, que la variation des prix à la consommation n'est que la conséquence du phénomène de variation de la masse monétaire. L'INSEE en donne des définitions équivalentes : Les conséquences de ces deux « politiques » sont différentes. KEYNES les résume ainsi : « Ces deux méthodes, l'inflation aussi bien que la déflation, ont causé au monde de grands dommages. Chacune d'elles affecte la répartition de la richesse entre les différentes classes sociales. À cet égard l'inflation est la pire des deux politiques. Chacune d'elles affecte également la Production, en la stimulant ou bien en la paralysant, et là c'est la déflation qui est la plus dangereuse.» Selon le grand économiste En résumé :
Malheureusement les choses seraient trop simples si nous en restions là. Cette situation économique absente de la théorie keynésienne originale a été formalisée dans les années 60 et semble propre à l'après guerre, période depuis laquelle les déficits des états ont été quasiment permanents dans un environnement monétaire reposant sur une monnaie de référence ayant perdu la propriété de rareté qu'avait l'or avant cette période. L'économiste Hyman P. MINSKY s'est attaché à compléter la théorie de KEYNES en démontrant le rôle majeur des gouvernements dans le phénomène d'augmentation des prix à la consommation (inflation des prix). Les prélèvements induits par le train de vie de ces états constituent une véritable taxe prélevée sur le travail.
« Dans l'économie actuelle, le lien étroit entre l'inflation et l'investissement par l'emploi des marges bénéficiaires, a été cassé. L'inflation est devenue un phénomène séculaire plutôt que cyclique alors que l'augmentation séculaire des dépenses des gouvernements et du monde du business a mené à une augmentation séculaire du niveau des prix. » « In today's economic structure, financial instability, which historically was associated with deep depressions, seems to be tied to the emergence of aggravated cyclical inflation. » « Futhermore, controlling the money supply or money wages only addresses symptoms, not causes, of the inflation disease. » Page 300 Page 294 Quant à la capacité des banques centrales et tout particulièrement de la FED de pouvoir maitriser cette situation nouvelle j'ai été littéralement transporté de joie en découvrant dans l'ouvrage de MINSKY ce que je vous ai plusieurs fois ressassé, à savoir que le pouvoir de ces banques centrales n'est plus ce qu'il était du fait d'une évolution profonde de leurs modes d'intervention. MINSKY le résume bien mieux que moi en ces termes : One important change since the 1920s in the way funds are supplied to banks is the reversal in the relative importance of the Federal Reserve discount and open-market operations. When commercial banks relied on the discount window for a sizable proportion of their reserve position, the FED was involved in regular, everyday banking relations with member banks. But once the FED's main reserve-supplying activity consisted of buying and selling securities on the open market, it stopped having intimate and continuing business relations with members banks. ... The power of the FED to affect member-bank behavior through normal banking relations was much diminished after World War II. ...If, as in the 1920s, bank borrowing from the FED through the discount window is an important source of total bank reserves, then the interest rates set by the FED for its lending operations is an important determinant of the financing terms that commercial banks offer. The control of borrowing terms by the FED banks affects the terms on which banks can profitably lend to their customers. Le changement important intervenu depuis les années 1920 dans la façon dont les fonds sont fournis aux banques est le renversement dans l'importance relative des modes financement via l'escompte [Discount Window ou facilité marginale de prêt] et via les opérations de marchés ouverts [Open Market Operations ou OMO ou achats-ventes fermes de titres] de la Réserve Fédérale. Quand les banques commerciales utilisaient le financement via l'escompte pour une proportion assez considérable de leurs réserves, la FED était impliquée dans des relations bancaires régulières, quotidiennes avec les banques membres. Mais une fois que l'activité principale de financement de la FED a consisté à acheter et vendre des titres, elle a arrêté d'avoir des relations intimes et ininterrompues avec les banques membres. En résumé :
À partir de ces réflexions considérons la situation actuelle pour tenter d'apprécier la direction du vent dans les années à venir. Les actions successives du gouvernement américain se traduisent aujourd'hui par un flot de dollars. J'ai déjà écrit plusieurs fois que TOUT, absolument TOUT, serait entrepris pour éviter un éclatement du système quitte à demander aux pompiers de jeter de l'huile surle feu pour tenter d'éteindre l'incendie (ou des dollars en l'occurrence). La monnaie fiduciaire reposant sur la PROGRESSION de la dette il est devenu IMPENSABLE pour les gouvernements d'aujourd'hui d'accepter une contraction de la masse monétaire (contraction du crédit).
Tentons d'en faire une estimation approximative (au moment où j'écris ces lignes la FDIC annonce la faillite de Washington Mutual, la plus grosse faillite bancaire des Etats-Unis ... Ce record tiendra combien de temps encore ?): Il y eu d'abord Bear Stearns et les 29 milliards de « caution » engagés par la FED au profit de JPMorgan Chase qui lui ne risque qu'un petit milliard.
Ensuite il y eut Lehman Brothers et le remboursement étonnant de 87 milliards par l'état à JPMorgan Chase (encore !). Ensuite voici le tour d'American International Group ou AIG (74 millions de clients dans le monde, 116 000 salariés dans 130 pays, excusez du peu !) et la prise de participation par l'état à hauteur de 80% du capital pour un montant de 85 milliards. Comme pour les jumeaux il faut aussi apprécier le risque que porte AIG et donc l'état. Il semble que ce risque soit principalement du côté des CDS (credit default swap : relire : Le dollar à 4 francs ?)). Ce seraient des protections vendues par AIG vis-à-vis de CDO de produits hypothécaires. Le montant total serait de l'ordre de 513 milliards de dollars dont 63 milliards pour l'immobilier américain et 141 milliards sur l'immobilier européen, principalement britannique et espagnol. Certes AIG est lui-même acheteur de protection pour se protéger des risques sur ce secteur, pour un montant semble-t-il de 5,2 milliards de dollars, mais les acheteurs de ces protections ne seraient autre qu' AMBAC (ABK) et MBIA qui sont comme vous le constatez en pleine forme :
Ce qui veut dire que dire que si AIG devait faire jouer son « assurance » en cas de défaut de l'émetteur du CDO l'assureur, MBIA ou AMBAC, pourrait ne pas pouvoir honorer la protection vendue. Ensuite nous avons eu en juillet dernier le plan de sauvetage de l'immobilier ou Housing Rescue Bill. Cette loi recouvre plusieurs dispositions d'aide. Elle accorde :
Enfin nous arrivons seulement au plan PAULSON ou Trouble Assets Relief Act (TARA). Il faut dire que TARA ne manque pas d'arguments ! 700 milliards de dollars ! (Renommé ce week-end sous le nom moins poétique “Emergency Economic Stabilization Act of 2008.” Le lien donne accès au projet de loi) Mais pour faire quoi ? Alors vous pensez que je vais m'arrêter là ... et bien vous vous trompez ! Avant de demander à l'addition au serveur je ne serais pas complet si je ne disais pas un mot des prêts accordés par la FED. Il s'agit du retour en grâce des facilités marginales de prêt (discount window). Ce mécanisme peu usité depuis l'après guerre (voir mon commentaire plus haut sur les conclusionsde MINSKY sur le sujet) renaît dans le cadre de la crise actuelle.
Cette création monétaire j'en tiens donc compte dans mon calcul. D'autant qu'avec le système des réserves fractionnaires cette monnaie banque centrale permet aux banques commerciales de générer ... 33 fois plus de liquidités !!! et oui faites le calcul pour un taux de réserve obligatoire de 3% (2% pour la BCE), le coefficient multiplicateur est égal à 1 divisé par 0.03 soit 33.33 (50 pour la BCE !). Néanmoins je garde par pure bonté d'âme le chiffre de 268 milliards ! Vient le moment de faire l'addition : Voici donc la réalité de ce que le contribuable américain va , A MINIMA, devoir payer. Pour vous donner des ordres de comparaison le PIB des Etats-Unis était en 2007 de 13 843 milliards. Cette somme au dessus représente plus de 12% du PIB annuel et 60% des recettes fiscales de 2007 des Etats-Unis. Le PIB de la France a été en 2007 de 2047 milliards, cette somme représente donc 82% du PIB français. Pour finir cette somme est supérieure aux PIB 2007 du Canada ou de l'Espagne. J'espère que vous avez compris que ceci n'est pas une broutille. Alors je sais certains prétendent que l'endettement américain est faible et que celui-ci leur permet de faire ce chèque supplémentaire. Regardons ça de près. La dette de l'état fédéral (sachant que la structure administrative des Etats-Unis n'est pas celle de la France et que les dettes des états ou des villes ne sont pas dans cette dette fédérale) est au 25 septembre de 9 849 milliards de dollars dont 5674 milliards sont négociables (dette dite publique) et 4 175 milliards sont détenues par l'état lui même ou des agences apparentées à l'état fédéral (exemple FHA dont j'ai parlé plus haut). Cette dernière, la dette dite intragouvernementale, est destinée principalement au financement des pensions (Social Security). Ne pas la prendre en compte pour apprécier l'endettement de l'état fédéral reviendrait à faire le pari que celui-ci ne paiera pas les retraites le jour où elles seront dûes, c'est à dire ... prochainement. Est-ce raisonnable ? Rapporté au PIB cet endettement global est désormais de plus de 60%. * Medicare, Medicaid and Social Security : Mais revenons à la situation présente. Les 1684 milliards que nous venons de calculer viendront d'une façon ou d'une autre s'ajouter à la dette existante pour la porter à 9849 + 1684 soit 11 533 milliards de dollars soit un accroissement de 17% de la dette globale. Alors franchement selon vous, même si à court terme le rush des déposants sur leurs économies est un puissant soutien au dollar, quel sera sa destinée demain ? Les évènements que nous vivons sont exceptionnels et marquent à mon sens la fin d'une ère marquée par l'expérimentation d'un système monétaire bâti autour d'une monnaie papier représentant la dette d'un état s'endettant sans limite raisonnable.
La fin sera longue et douloureuse mais cette fin viendra. Oh ma jolie Tava* ! (d'après Oh ma jolie Sarah, chanson interprétée par Johnny !) ---- *TAVA: Trouble Assets Relief Act Car tout change et tout casse et tout passe et tout lasse
C'est affreux, déplaisant, affligeant, désolant
Bonne semaine à toutes et à tous
PS: PS : à côté de tout ça nos malheurs de ce côté de l'Atlantique paraissent bien faibles ! Fortis = 4.7 milliards d'€ pour l'état Belge, 4 milliards d'€ pour les Pays Bas et 2.5 milliards d'€ pour le Luxembourg
et Bradford en attente de nationalisation, une habitude maintenant, au Royaume Uni
Avertissement :
Cette analyse est diffusée à titre purement informatif et éducatif et ne constitue en aucune façon un document de sollicitation en vue de l'achat ou de la vente des instruments financiers émis par la société objet de l'étude. L'investissement et le trading sont des activités présentant des risques financiers. Tout investisseur doit donc se faire son propre jugement quant à la pertinence d'un investissement dans une quelconque valeur mobilière émise par la société mentionnée dans cette analyse, en tenant compte des mérites et des risques qui y sont associés, de sa propre stratégie d'investissement et de sa situation légale, fiscale et financière. Vous devez être identifié pour poster un commentaire. Pour vous identifier : cliquez ici Pour vous incrire sur Pro-AT : cliquez ici |
Invest-AT,
l'analyse technique au service de l'investissement actif.
Analyses, forums et signaux AT. |
Créer votre blog gratuitement avec TradersBlog, plateforme de blogs pour traders. |
Trading School, modules de formation à la bourse en ligne, glossaire de la bourse ... |
Commentaires Oh ... ma jolie TARA !