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Analyse conjoncture | Analyse : L'iceberg qui cache l'iceberg

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L'iceberg qui cache l'iceberg

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Posté par Roque le 07-03-2010 19:00:00

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Régulièrement sur les forums, en réponse à des arguments sur la dangerosité de la situation actuelle, des internautes, transcendés par un subit éclair de génie, lâchent pour toute réponse structurée, une remarque du style: ''À force de de prédire la catastrophe, elle arrivera bien un jour ou un autre !''.

C'est en regardant un documentaire sur le Titanic diffusé par la chaîne Planète cette semaine que m'est venue cette analogie entre la tragédie maritime de 1912 et la situation financière que nous vivons aujourd'hui.

Le Titanic était, de part sa construction, réputé insubmersible. Les quelques voix de marins qui à l'époque osaient critiquer le choix des routes septentrionales, particulièrement pour des paquebots, étaient immédiatement vouées aux gémonies. La rentabilité financière des routes du Nord ne devait souffrir acune critique.

Que le Titanic puisse un jour couler était à l'époque une option inimaginable. Lorsqu'il a coulé le 15 avril 1912 les sarcasmes des ''À force de prédire... se sont tus; l'impensable était arrivé.

Cette nuit du 14 avril 1912, pensant n'avoir affaire qu'à de petits bourguignons, le commandant du Titanic maintenait une allure folle au milieu des glaces par une nuit d'encre sans lune (le radar n'existait pas à cette époque).
Fig1.


À la découverte de la montagne de glace se dressant soudainement devant lui l'officier de quart faisait faire au bateau une abattée qui devait s'avérer fatale. En tentant l'esquive la coque se déchirait sous la ligne de flottaison sur une longueur de compartiments étanches supérieure à la flottabilité du bâtiment. Si le cap avait été maintenu en battant en arrière (arrière toute) le choc aurait été certes violent mais les dégâts se seraient avérés incontestablement surmontables. Il faut parfois affronter les problèmes de front pour les résoudre définitivement.

Pendant cette manoeuvre, et quasiment pendant l'heure qui a suivi, les passagers continuèrent de vaquer à leurs occupations ludiques. Le choc latéral avec l'iceberg ayant été relativement faible, l'équipage lui-même était persuadé l'avoir échappé belle. Pour beaucoup la vie continuait comme avant.

C'est en apprenant vingt minutes plus tard que la flottabilité du bâtiment ne pouvait plus être maintenue que le commandant réalisait avec stupeur que le Titanic allait inévitablement couler. Imaginez cette scène, alors que le commandant ordonnait l'évacuation, la musique jouait encore et le champagne coulait toujours. D'un côté la perception d'une catastrophe inévitable et de l'autre l'insouciance de ceux qui ne veulent pas savoir ou font confiance à ceux qui sont en charge.
La suite vous la connaissez. Il n'y avait pas assez de place dans les canots de sauvetage pour tout le monde car ce bateau NE DEVAIT PAS couler.

Aujourd'hui le bateau de l'économie mondiale continue sa course folle. Certes il a heurté quelques bourguignons: Bear Stearns en mars 2008, Fannie Mae et Freddie Mac, Merrill Lynch, Lehman Brothers en septembre, AIG et l'Islande en octobre et enfin Citigroup en novembre 2008 (liste non-exhaustive), mais le navire a poursuivi sa route. Le fait d'avoir survécu à ces maigres collisions plonge aujourd'hui le commandant et son équipage dans une douce illusion de sécurité et d'invulnérabilité.
Fig2.

Pourtant le bateau de l'économie mondiale fait route vers un énorme iceberg. La vigie vient tout juste d'en apercevoir la partie émergée. Sensibles et sentimentaux, comme tous les marins, les deux matelots dans leur nid de pie lui ont donné de doux noms: Dubaï, Grèce et Islande.
À cette heure ils ignorent la taille du monstre qui se cache sous la surface.
Fig3.

Chaque minute qui passe fait avancer le bâtiment vers le monstre qui petit à petit se révèle à leurs yeux.
Après la dette publique des États, ils ont découvert les engagements de ces mêmes États. Chaque révélation apporte son lot d'interrogations qui pousse à comprendre et conduit à chaque fois à de nouvelles révélations. Ainsi ces matelots découvraient dans une étude de 2003 (mise à jour en août 2005) de Gokhale et Smetters (j'en ai déjà parlé ici il y a bien longtemps) que se cachait sous la surface une véritable montagne d'engagements de l'état fédéral pour assurer la pérennité des couvertures sociales et médicales futures. Dans une autre étude toute récente de février 2010 du Pew Center on the States* ils découvrent aujourd'hui que le compte n'est toujours pas bon. En effet beaucoup des 50 États américains vont devoir trouver une solution pour le paiement des pensions et des couvertures santé de leurs fonctionnaires partant en retraite ou déjà en retraite. Selon cette étude il manquerait au total 1000 milliards de dollars (1 trillion de $) pour assurer ces financements.

C'est un autre genre d'iceberg ...
Fig4.

... ou si vous préférez, l'iceberg qui cache l'iceberg !


Bonne semaine à toutes et à tous

 

Remarque complémentaire : J'attends avec impatience le résultat de la commission sur la dette française pour mesurer l'ampleur de la partie immergée de ladette hexagonale (ce sera une mise à jour du rapport Pébereau de 2005).

 

* The Trillion Dollar Gap: Underfunded State Retirement Systems and the Road to Reform

=======

 

PS: De retour d'un week-end normand je découvre cette superbe hausse de vendredi (sans volume). Je me suis aussitôt plongé dans les actualités pour tenter de découvrir ce qui avait bien pu nous valoir cette embellie.

Il semblerait que ce soient les chiffres de l'emploi qui aient ravi les investisseurs.
Il est un fait que le taux de chômage se maintient sous le seuil des 10%. Mais il n'y a pas de meilleur sourd que celui qui ne veut entendre :
- le mois de janvier a été révisé en baisse au préalable (-26000 au lieu de -20000)
- ce mois de février comptabilise 15000 emplois temporaires recrutés dans le cadre du recensement de la population sous l'autorité du Census. Plusieurs centaines de milliers de ces emplois sont prévus pour 2010.
- l'excuse d'une mauvaise météo avait poussé le consensus à anticiper une baisse de 70000 emplois alors que comme le fait remarquer David Rosenberg en janvier 1996, la tempête du siècle n'avait impacté les chiffres que d'à peine 19000.

Allez comprendre !

Avertissement :
Cette analyse est diffusée à titre purement informatif et éducatif et ne constitue en aucune façon un document de sollicitation en vue de l'achat ou de la vente des instruments financiers émis par la société objet de l'étude.
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Tout investisseur doit donc se faire son propre jugement quant à la pertinence d'un investissement dans une quelconque valeur mobilière émise par la société mentionnée dans cette analyse, en tenant compte des mérites et des risques qui y sont associés, de sa propre stratégie d'investissement et de sa situation légale, fiscale et financière.

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