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L'arbre qui cache la forêtLes dernières analyses liées :
Le grand sujet à la mode dans tous les médias anglo-saxons c'est la Grèce et par ricochet l'Espagne, l'Italie, l'Irlande et le Portugal. En fait selon certains de ces médias l'Europe est au bord de l'implosion. Certes la situation de ces pays est préoccupante2 mais tout ceci ressemble un peu trop à l'arbre qui cache la forêt, de la même façon que les difficultés de Toyota montées en épingle à l'extrême avec une surenchère de la justice américaine, ressemblent à une attaque en règle sur le premier vendeur d'automobiles aux Etats-Unis au profit des marques indigènes moribondes. Pour comprendre l'importance de l'endettement de ces pays il faut les mettre en perspective. C'est ce que j'ai fait et que je vous propose d'examiner ensemble à partir des éléments d'un tableau (figure 3) qui rassemble PIB nominaux et dettes publiques, en pourcentage du PIB, de tous les pays de l'Union Européenne et des principaux états de la planète. Tous les chiffres sont ceux des statistiques 2008. Pour apprécier plus aisément l'importance économique de chaque état j'ai ajouté à mon tableau trois colonnes donnant le poids du PIB par rapport au PIB mondial, européen ou à celui de la zone euro. Ces colonnes sont coloriées selon la position des états dans le schéma The Ring of Fire de Bill Gross. Son croquis n'est d'ailleurs pas exhaustif pour ce qui concerne l'UE. Plusieurs autres pays auraient mérité de figurer dans le cercle de feu dont notamment la Belgique, la Hongrie, le Portugal ou l'Autriche voire la Pologne. J'ai néanmoins choisi de conserver sa classification pour faciliter la lisibilité. L'endettement au sein de l'UE est défini comme l'ensemble des dettes des administrations publiques c'est à dire : - les administrations centrales, c’est à dire l’Etat et les organismes divers d’administration centrale . Plusieurs centaines d’établissements de statut public ou privé, dont notamment la CADES, l’EPFR (structure de défaisance du Crédit Lyonnais), l’ANPE, le CNRS, le CNASEA, le CEA, les Grandes Ecoles, les musées nationaux, sont regroupés sous cette dénomination. - les administrations publiques locales, qui regroupent les organismes ayant une compétence géographique limitée : collectivités locales, établissements publics locaux, les organismes consulaires, les caisses des écoles, et tous les organismes publics ou parapublics financés majoritairement par les collectivités locales. - les administrations de Sécurité sociale, c’est à dire l’ensemble des régimes obligatoires de Sécurité sociale (Régime général, régimes d’assurance chômage, régimes complémentaires de retraite et régimes de prévoyance, régimes indépendants et agricoles, régimes spéciaux de salariés), ainsi que les organismes financés par ces régimes (oeuvres, hôpitaux publics et privés participant au service public hospitalier et financés par dotation globale). Avec cette définition, et pour que des choses comparables puissent être comparées, j'ai retraité la dette publique des états-Unis. Elle est vendue par tous les médias anglo-saxons comme étant limitée à 7 840 milliards de dollars soit un peu moins de 60% du PIB 2008. Néanmoins celle-ci ne représente qu'une partie de l'endettement fédéral c'est à dire uniquement celle qui est négociable (voir ci-dessous Debt Held by the Public), l'autre partie étant détenue par des organismes de retraites à caractère étatique (Intragovernmental Holdings : Social Security, etc ...).
Mais ce n'est pas tout. En effet dans cet endettement -on parle désormais de 12 346 milliards de dollars- ne sont pas comprises les dettes contractées par les administrations publiques locales que sont aux Etats-Unis les états, comtés et les municipalités. Au montant ainsi obtenu il faudrait ajouter celui des entreprises désormais nationalisées. Je ne l'ai pas fait et je me suis borné à faire l'historique des dettes fédérales, locales et sociales. L'endettement ainsi retraité est désormais d'environ 120 à 130%. J'ai retenu 120% du PIB pour l'endettement public américain.
Vous noterez sur ce graphique que l'endettement public américain est désormais au niveau qu'il avait atteint pour le financement de l'effort de guerre de la Deuxième Guerre Mondiale. J'espère que ce seul élément calmera les quelques personnes qui régulièrement déclarent ne pas voir où est le problème de la dette américaine aujourd'hui. Ceci étant précisé que nous dit le tableau dont je vous ai parlé plus haut.
Une lecture rapide montre tout d'abord que la Grèce pèse 0,59% du PIB mondial et 1,94% du PIB de l'Union Européenne. Elle est membre du club de l'€uro et à ce titre elle représente 2,63% du PIB de ce club. Son endettement (et son déficit budgétaire) est important mais un pays comme l'Italie présente un endettement plus élevé et pèse considérablement plus dans le club de l'€uro. Si la Grèce, qui pèse moins de 0,6% du PIB mondial est un gros problème que dire alors de la Californie2 qui représente un peu plus de 3% du PIB mondial. Entre la Grèce et la Californie, PIMCO, le plus grand fonds obligataire américain, a fait son choix. Fig4. PIMCO : Oubliez la Grèce, le spread des obligations californiennes a bondi à des niveaux de crise
En outre la révolte fiscale gronde entre San Francisco et Washington et les retombées pourraient être autrement plus graves que les conséquences des difficultés de la Grèce. Plusieurs états ont déjà évoqué la possibilité de mettre en oeuvre leur droit de préemption sur les taxes collectées chez eux par Washington. Au delà d'une crise économique ce sont peut être les prémices d'une crise politique profonde. Pour en terminer avec ce tableau, que vous pourrez analyser vous même, il me semble intéressant de briser un autre mythe. Celui des pays émergents de leur superpouvoir de sauver la planète à eux seuls grâce à une croissance effrénée. La réalité est que les BRIC, Brésil-Russie-Inde-Chine représentent en tout et pour tout 14% du PIB mondial nominal. J'ai lu un excentrique qui prétendait que les pays émergents pesaient désormais 30% du PIB mondial ! Les chiffres sont pourtant là sous vos yeux. Les pays réellement émergents représentent à peine 17% du PIB mondial. Chiffre à mettre en perspective avec les 70 % des pays industrialisés. Évidemment si on considère que tout ce qui n'est pas industrialisé est émergent ... alors bien entendu ... dans ce cas par une simple soustraction on trouvera 30%. Mais la réalité ne fonctionne pas comme ça. Les marchés commencent à réaliser l'ampleur des difficultés dans lesquels les états sont plongés. Il y a maintenant pas mal de temps je vous avais prévenu que cette crise était un jeu de patate chaude et que les derniers au bout de la chaine seraient les états (hormis le contribuable qui assumera au final tout ça). Nous sommes donc arrivés au début du dénouement. Je suis certain que vous ne me croyez pas. Alors lisez monsieur Neil M. Barofsky. Il a le privilége d'avoir été nommé par le Congrès américain pour superviser l'emploi des fonds utilisés pour le sauvetage du secteur financier. Il est Inspecteur Général en charge du TARP ou Special Inspector General for the Troubled Asset Relief Program ou SIGTARP). Ce monsieur a produit un rapport sur sa mission en début de semaine dernière (daté du 30 janvier 2010). Vous le trouverez ici sur le site de son administration. Début de citation (pour vous permettre de vérifier ma traduction j'ai volontairement laissé la version originale en anglais): Many of TARP’s stated goals, however, have simply not been met. Despite the fact that the explicit goal of the Capital Purchase Program (“CPP”) was to increase financing to U.S. businesses and consumers, lending continues to decrease, month after month, and the TARP program designed specifically to address small-business lending — announced in March 2009 — has still not been implemented by Treasury. Notwithstanding the fact that preserving homeownership and promoting jobs were explicit purposes of the Emergency Economic Stabilization Act of 2008 (“EESA”), the statute that created TARP, nearly 16 months later, home foreclosures remain at record levels, the TARP foreclosure prevention program has only permanently modified a small fraction of eligible mortgages, and unemployment is the highest it has been in a generation. Whether these goals can effectively be met through existing TARP programs is very much an open question at this time. Bon nombre des objectifs fixés au TARP, n'ont cependant tout simplement pas été remplis. Malgré le fait que l'objectif explicite du programme d'achat d'actifs (RPC) était de répondre aux besoins de financement des entreprises et des consommateurs américains, les prêts ne cessent de diminuer, mois après mois, et le programme TARP conçus spécifiquement pour offrir des prêt aux petites entreprises - annoncé en mars 2009 - n'a toujours pas été mis en œuvre par le Trésor. Nonobstant le fait que le maintien de la propriété et la promotion de l'emploi ont été des objectifs explicites de la loi de stabilisation économique d'urgence de 2008 ( EESA), la loi qui a créé le TARP, près de 16 mois plus tard, les saisies immobilières demeurent à des niveaux records, le programme de prévention des saisies du TARP a seulement permis de modifier une faible fraction des prêts hypothécaires éligibles, et le chômage est à un niveau plus élevé qu'il ne l'a été depuis une génération. Que ces objectifs puissent effectivement être atteints grâce à des programmes existants du TARP demeure aujourd'hui une question ouverte. ..........
Le coût élevé du TARP - en termes d'argent, de risque (moral) sur le marché, de crédibilité du gouvernement - aura été en pure perte si nous ne faisons rien pour corriger les problèmes fondamentaux de notre système financier et nous conduira à une crise comparable ou même d'intensité supérieure dans deux, cinq ou dix ans. Il est difficile de comprendre comment les problèmes fondamentaux du système [financier] ont été pris en compte à ce jour. • To the extent that huge, interconnected, “too big to fail” institutions contributed to the crisis, those institutions are now even larger, in part because of the substantial subsidies provided by TARP and other bailout programs. Dans la mesure où d'énormes institutions trop grosses pour faire faillite, interconnectées entre elles, ont contribué à la crise, ces institutions sont maintenant encore plus importantes, en partie en raison des subventions substantielles fournies par le TARP et d'autres programmes de soutien.
Dans la mesure où les institutions ont déjà été incitées à prendre des risques inconsidérés avec une attitude pile, je gagne, face, le gouvernement me fournira une caution, le marché est plus que jamais convaincu que le gouvernement interviendra autant que nécessaire pour sauver systématiquement les institutions importantes. Cette perception a été renforcée lorsque le TARP a été prolongé jusqu'au 3 Octobre 2010, permettant ainsi au Trésor de maintenir un trésor de guerre pour des financements de secours alors même que les banques qui affichaient une capacité douteuse de retour à la rentabilité (et dans certains cas, affichaient des pertes de plusieurs milliards de dollars) se retiraient des programmes du TARP.
Dans la mesure où les comportements à risques des grandes institutions découlaient de la volonté de justifier des bonus de plus en plus importants - et de fait, la course pour sortir du programme semble être en cours pour les bénéficiaires du TARP afin d'éviter les restrictions sur les rémunérations - la saison actuelle des bonus montre que, même s'il y a eu quelques améliorations dans la forme que prennent les bonus pour certains dirigeants, il y a eu peu de changements fondamentaux dans les excès de la culture salariale de Wall Street.
Dans la mesure où la crise a été alimentée par une «bulle» du marché du logement, les efforts concertés du gouvernement fédéral pour soutenir les prix des logements - comme on le verra plus en détail dans la section 3 du présent rapport - risquent de réalimenter cette bulle du fait des achats et des garanties réalisés par le gouvernement, que ce soit, directement ou implicitement, de la quasi-totalité du marché hypothécaire résidentiel. Stated another way, even if TARP saved our financial system from driving off a cliff back in 2008, absent meaningful reform, we are still driving on the same winding mountain road, but this time in a faster car. En d'autres termes, même si le TARP a sauvé notre système financier l'empêchant de tomber de la falaise en 2008, sans une réforme significative, nous conduisons toujours sur la même route sinueuse de montagne, mais cette fois dans une voiture plus rapide. Fin de citation
S'il vous plait, relisez ces extraits encore une fois avant de poster quoique ce soit en ayant bien en mémoire que ce rapport a été publié au début de cette semaine !
Bonne semaine à toutes et à tous
1.La situation des déficits et de l'endettement des pays européens
2. Businessweek
======= Mise à jour du décompte Lindsay pour le CAC40
Avertissement :
Cette analyse est diffusée à titre purement informatif et éducatif et ne constitue en aucune façon un document de sollicitation en vue de l'achat ou de la vente des instruments financiers émis par la société objet de l'étude. L'investissement et le trading sont des activités présentant des risques financiers. Tout investisseur doit donc se faire son propre jugement quant à la pertinence d'un investissement dans une quelconque valeur mobilière émise par la société mentionnée dans cette analyse, en tenant compte des mérites et des risques qui y sont associés, de sa propre stratégie d'investissement et de sa situation légale, fiscale et financière. Vous devez être identifié pour poster un commentaire. Pour vous identifier : cliquez ici Pour vous incrire sur Pro-AT : cliquez ici |
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