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En ce bas monde il y a des choses qu'il faut savoir ne pas remettre en cause. Des sujets sur lesquels la vérité étant établie par le plus grand nombre il devient inconvenant de les rouvrir voire simplement de les évoquer.
Il en va ainsi, par exemple et en vrac, des causes du réchauffement climatique, de la culpabilité de la Libye dans l'attentat de Lockerbie1 mais aussi des interrogations sur les évènements du 11 septembre 20012 ou bien encore de la toute puissance de la Réserve Fédérale américaine et de sa capacité à maitriser les manettes de la croissance comme le clament tous les medias.
J'ai déjà, sans le creuser, abordé plusieurs fois ce dernier sujet dans mes posts précédents. Au risque de me faire lapider je vous propose de regarder plus près cette vérité qui plane sans cesse sur le pouvoir de la FED et alimente le rebond actuel.
À en croire tous les médias financiers la FED aurait une arme secrète pour gérer la croissance économique. Cette arme secrète ne serait ni plus ni moins que le taux directeur de la FED ou FED FUNDS RATE 3 . Le taux directeur sert à la fois de référence pour :
Pour comprendre pourquoi cette toute puissance laisse songeur il faut auparavant se pencher sur l'obligation de dépôt de réserves des institutions financières auprès de la FED.
Ces réserves (sous forme de liquidités ou dépôts dans une banque fédérale) sont destinées à garantir les fonds déposés dans ces institutions. Depuis le 27 décembre 19904 l'obligation de réserve ne concerne plus que les comptes courants. Selon le montant de ces comptes la banque qui les hébergent doit provisionner une réserve correspondant à un pourcentage du montant de ces comptes (3% de 8,5 à 45,8 millions de $ ou à 10% au dessus de 45,8 millions de $5 ). Le graphique ci-dessous montre l'évolution des réserves de la FED depuis 1959. Vous noterez la baisse quasi continue intervenue depuis 1993, après la mise en place de cette nouvelle règlementation. fig1. ![]()
Le montant global de ces réserves représente en tout et pour tout, au 13 septembre 2007, un montant de 41,608 milliards de dollar6. Oui vous avez bien lu, seulement 41 milliards de dollars ! Compte-tenu des obligations, l'excès de réserve à cette même date est de 1,393 milliards de dollars. Ce sont ces 1,393 milliards de dollars qui sont négociables entre banques pour couvrir leur besoin en réserve d'un jour sur l'autre rémunérés au taux directeur de la FED (en fait le taux directeur est la cible, le taux réel est négocié sur le marché).
Dans le même document dont je vous ai donné la référence plus haut (renvoi 6) vous pouvez constater que la FED au 13 septembre 2007 a prêté 2,25 milliards de dollars à des institutions financières. Ces 2,25 milliards de dollars sont eux rémunérés aux taux d'escompte de la FED (Discount rates) selon la taille de l'institutions financières. Ici en l'occurrence de grandes banques ont emprunté 2,018 milliards de dollars à la FED.
En résumé, et à ce jour, le taux directeur de la FED (et ses taux dérivés) s'appliquent à :
Ces montants sont véritablement insignifiants à côté de ceux échangés sur le marché des taux d'intérêt. Quelle incidence pourrait donc avoir (sinon psychologique) une baisse des taux sur moins de 5 milliards de dollars alors que les banques américaines totalisent plus de 6 300 milliards de dollars de prêts ? En fait on doit plutôt se poser la question de savoir si un “actif” négociable ne trouverait pas plutôt son juste prix sur le ou les marchés importants où il s'échange. Le prix du charolais ne se fait pas à la criée de Saint Paul de Vence ... ! Pour l'argent c'est peut être la même musique. Il trouverait son prix sur les places où s'échangent les plus gros volumes de liquidités. Ainsi sur la place de Londres les grandes institutions financières viennent faire leurs emplettes de liquidités en différentes devises. Le prix de ces liquidités se traduit par un taux d'intérêt selon la durée de l'emprunt. La cotation ou LIBOR (London Interbank Offered Rate) y est entretenue par la British Bankers Association7 (BBA). Pour ce qui est des crédits en dollar (Libor 3 mois = Eurodollar utilisé pour l'établissement des prêts hypothécaires) ces taux s'appliquent à des montants considérables et sans commune mesure avec les chiffres des réserves de la FED mentionnés plus haut. Ces taux se sont infléchis à la baisse bien avant que la FED ne fasse son annonce de réduction de taux directeur le 18 septembre. Fig2. ![]() Ne serions-nous pas devant le paradoxe de la “poule et de l'oeuf” ? Sinon comment expliquer qu'une décision sur un si petit montant puisse avoir autant de signification aux yeux des investisseurs des marchés actions. Ceux-ci semblent “acheter” aujourd'hui le sauvetage de l'immobilier et par la même occasion de la croissance américaine par la FED. Les investisseurs semblent oublier que dans la crise actuelle la situation des millions d'emprunteurs ne dépend pas directement des taux courts mais des taux longs. Or ces derniers ne suivent pas la même pente que celle engagée par les Libor ou le taux directeur de la FED. Fig3.
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La gesticulation de la FED ne pourra malheureusement arrêter le processus de dégonflement de la bulle immobilière. Le vrai débât est désormais d'anticiper l'ampleur des désastres. Pour Roubini la baisse des prix de l'immobilier (une première depuis 1929) devrait être de l'ordre de 25%, pour Shiller plutôt de 50%. Mais l'immobilier n'est peut être que la mèche du dispositif ! Déjà plusieurs fonds de pension (il s'agit de fonds gèrant des retraites et non pas des fonds spéculatifs ou hedge funds) commencent à faire savoir que leur engagement dans les produits dérivés de toute nature (ou dans des hedge funds !) les met en difficulté. Dans peu de temps ce sujet remplacera celui des prêts subprime. On vous parlera alors de New Mexico Public Pension ... et de tous ces fonds de pensions qui ont investi dans des fonds spéculatifs, et qui par le fameux effet des dominos, se trouvent à leur tour en déroute.
À lire Satyajit Das, maître incontesté des produits dérivés, “The Credit Crisis Could Be Just Beginning”ou “la crise pourrait ne faire que commencer”. Selon lui nous sommes au tout début du dégonglement d'une gigantesque bulle de liquidités – processus qui prendra beaucoup de temps (a gigantic liquidity bubble unwinding -- a process that can take a long, long time).
Pour vous donner un ordre d'idée de la taille de cette bulle, jetez un oeil à ce tableau tiré des dernières statistiques de la Banque des règlements internationaux fig4.
Il s'agit des volumes échangés par trimestre en produits dérivés de taux (à droite) et de devises (à gauche). Tenez vous bien ... les échelles sont en milliers de milliards de dollars ($ trillions).
Et on voudrait nous faire croire que grâce à la baisse des taux de la FED sur moins de 5 milliards de dollars la Terre va se remettre à tourner à l'endroit !
Je me marre !
1Voir le film The Maltese Double Cross ou l'affaire du crash de Lockerbie 2Par exemple : pour quelle raison la troisième tour, le WTC7, s'est-elle écroulée alors que pas même un carreau n'y avait été cassé ? 3/ref.php?uri=http%3A%2F%2Fwww.newyorkfed.org%2Fmarkets%2Fstatistics%2Fdlyrates%2Ffedrate.html 4/ref.php?uri=http%3A%2F%2Fwww.federalreserve.gov%2Fmonetarypolicy%2Freservereq.htm 5/ref.php?uri=http%3A%2F%2Fwww.federalreserve.gov%2Fmonetarypolicy%2Freservereq.htm%23table1 6/ref.php?uri=http%3A%2F%2Fwww.federalreserve.gov%2FReleases%2FH3%2F20070913%2Fh3.pdf 7/ref.php?uri=http%3A%2F%2Fwww.bba.org.uk%2Fbba%2Fjsp%2Fpolopoly.jsp%3Fd%3D141%26amp%3Ba%3D627
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