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Analyse conjoncture | Analyse : IN GOLD WE TRUST

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IN GOLD WE TRUST


Si vous avez eu des dollars dans les mains, vous avez sans doute remarqué, outre divers symboles maçonniques, cette devise qui fait référence à Dieu.


Les mauvaises langues colportent en ce moment la rumeur selon laquelle la devise “In God we Trust” est en fait une erreur grossière de typo et que celle d'origine était en vérité “In GoLd we Trust”.

Comment ne pas tomber dans le panneau lorsqu'on regarde ce qui se passe autour de soi en ce moment. Tout semble se mettre en place pour une mise à mort du dollar et par conséquence propulser l'or au zénith (et l'argent, la pièce ci-dessus fait partie sans aucun doute des meilleurs investissements à réaliser aujourd'hui).

Souvenez-vous des prophètes qui, il y a quelques mois, annonçaient que le plus gros de la crise était devant nous. Ou bien encore de ceux qui vous disaient que le problème des subprimes était insignifiant et que les autres crédits hypothécaires (Alt-A, Veteran, prime etc ...) étaient autrement plus solides et donc à l'abri des soubresauts de l'immobilier. Comment ces crédits, étroitement dépendant de la valorisation des biens immobiliers, pouvaient-ils rester immunisés alors que les prix des logements chutaient ? La carte de Realtytrac rosit au fil des mois !

Souvenez-vous de ce graphique de Credit Suisse que je vous ai présenté en octobre dernier dans « Immobilier français ... quel risque ? ».
Fig2.

Il montre de façon synthétique comment les différents types de prêts se cumulent en fonction de leurs périodes de reset.

À l'époque je résumais ainsi ma pensée :
« Il montre ainsi que si la crête des resets de prêts les plus à risques (subprimes) devrait intervenir au cours du 2ème semestre 2008 pour un montant de l'ordre de 35 milliards/ mois, le pic, que dis-je, le top, pour les autres types de prêts à risques (Alt-A) sera étalé sur 2010 et 2011, et celui des prêts à taux ajustable en 2011.
Vous imaginez bien que les emprunteurs « normaux » qui ont souscrit des prêts primes ou des prêts conventionnés (par les agences semi-gouvernementales Freddie Mac, Fannie May etc ...) ne seront pas immunisés du fait de la hausse des taux d'une part, mais aussi de la baisse importante et générale des prix de l'immobilier que les prêts subprimes ont initié.
»

Et bien nous y voilà !
Fig3.

Comme au cirque, les artistes viennent tour à tour faire leur numéro sur la scène. Tout le monde savait que ce numéro arriverait mais personne ne savait quand exactement et dans quel ordre.

Après Countrywide, Bear Stearns et bien d'autres c'est au tour d'IndyMac, un peu aidé par un courrier du sénateur Charles Schumer s'interrogeant, fort justement, sur la viabilité de la banque alors que le cours était à 1,15$ (quand je pense que certains ont le culot de dire que c'est à cause de lui que cette banque a fait faillite !)...
Fig3-1

... mais surtout de Fannie Mae et Freddie Mac de tenir le devant de la scène pendant que les autres derrière le rideau se rongent les ongles d'angoisse à l'idée que leur tour viendra inéluctablement.

Ces trois entreprises sont des particularités américaines. Elles font parties des government sponsored enterprises (GSE) ou entreprises sponsorisées par le gouvernement. Ce statut créé par le Congrès en 1916, contrairement à ce qu'il sous-entend, n'implique ni garantie, financement ou participation de l'état américain. Ce sont des entreprises ayant un actionnariat privé. Elles sont dites sponsorisées car la définition de leur statut et de leurs objectifs stratégiques (faciliter l'accès au crédit au plus grand nombre) relèvent de l'état américain (la tutelle est assurée par l'Office of Federal Housing Enterprise Oversight et le Department of Housing and Urban Development). C'est tout !

Des entreprises de ce type ont été créées dans différents domaines :
  • pour le financement et la garantie des projets agricoles : Farmer Mac;
  • pour le financement et la garantie des prêts étudiants : Sallie Mae (ayant désormais un statut entièrement privé depuis 1995);
  • pour le financement et la garantie de prêts hypothécaires spéciaux (vétérans, ruraux, affaires indiennes, etc ...) : Ginnie Mae;
  • pour le financement et la garantie de prêts hypothécaires : Fannie Mae, Freddie Mac et les douze Federal Home Loan Banks.

Ces derniers pèsent ensemble environ 40% de l'ensemble des prêts hypothécaires immobiliers américains soit environ 5000 milliards de dollars. Par ces temps difficiles ils assureraient environ 80% des prêts signés ! C'est dire l'importance de ces établissements privés.

Mais ces établissements émettent eux-mêmes des obligations qui, jusqu'alors, étaient prisées par les investisseurs notamment étrangers, le qualificatif « government sponsored » dans le titre ayant probablement eu un effet rassurant et le rendement supérieur aux obligations d'état un effet alléchant.

L'ensemble des émissions réalisées par ces agences représente mi-2007 la modeste somme de 6105 milliards de dollars (Report on Foreign Portfolio Holdings of U.S. Securities paru en juin 2008).
Fig4.

Les investisseurs étrangers en détiennent, toujours selon ce même rapport, 21,4% soit 1304 milliards de dollars. Les établissements financiers qui les détiennent sont principalement situés en Chine, au Japon, aux Iles Caïman, au Luxembourg et en Belgique.
Fig5.

Comme pour les subprime, la survie des GSE n'est donc pas une affaire purement américaine.

Alors se pose la question de la sortie de crise.
À l'évidence le gouvernement américain ne peut laisser aller à la banqueroute Fannie et Freddie. Paulson, le secrétaire d'état au Trésor, a déclaré vendredi que le statut ne serait pas remis en question, ce qui écarterait, si on le croit, une nationalisation à l'anglaise.
Fig6.

Selon moi, et cela n'engage que moi, le plus probable, et compte-tenu des angoisses subsistant ce week-end après la difficile semaine dernière, est que Fannie, Freddie et d'autres soient ajoutés à la liste des établissements financiers autorisés à se refinancer auprès de la Réserve Fédérale. Un de plus ou un de moins, quelle différence cela fera !
En plus cela donnera l'occasion d'une belle déclaration pour le porte-parole de la FED qui pourra peut être même lancer une réaction haussière.

En fait la différence elle se fera sur le dollar !
Les journaux ont fait une relation entre la menace d'une attaque sur l'Iran et la débâcle de la semaine dernière. À mon humble avis c'est plutôt les différents avatars financiers des entreprises américaines qui en sont à l'origine. Aujourd'hui j'ai le sentiment, mais je trompe souvent, que les Etats-Unis ne sont plus en mesure d'inquiéter militairement l'Iran. Dans le contexte financier explosif, très différent de celui de 2003, une action militaire sur l'Iran aurait un effet d'amplification dévastateur sur tous les problèmes, déjà insurmontables, auxquels le gouvernement américain fait face en interne.

Encore mon éternel côté optimiste !

Tout ces défaillances sont en fait les éclaireurs d'une vague de faillites dans les établissements financiers américains, européens et asiatiques. Comparativement aux crises précédentes, le nombre de faillites de banques est encore très bas. Ce qui laisse encore beaucoup de marge pour de nouvelles surprises.
Fig6-1

Certaines faillites seront « acceptables » aux yeux des gouvernements, d'autres ne le seront pas. Dans ce deuxième cas ce sera alors le contribuable qui paiera l'addition et donc la monnaie qui en subira le contre-coup.

L'investisseur averti voit la facture des gouvernements, surtout américain, s'allonger inexorablement.
Après celle du stimulus en direction des ménages endettés sur des prêts immobiliers ce sont les mesures en faveur de la relance de l'immobilier (American Housing Rescue and Foreclosure Prevention Act) que le Sénat vient de remettre à la Maison Blanche et qui vont encore plomber un peu plus les recettes de l'état américain.
Fig7.

La recapitalisation de tous ces établissements financiers en détresse s'y ajoutant, la facture totale risque d'être terriblement salée. Ambrose Evans-Pritchard du Telegraph cite une étude de Bridgewater Associates qui donne quelques ordres de grandeur à faire frémir.

La facture s'élèverait a minima à 1600 milliards de dollars mais plus grave l'impact sur la capacité de prêts des établissements financiers entrainerait une contraction mondiale de crédit de l'ordre de 12000 milliards de dollars (pour préserver leur ratio prudentiel). Oui vous avez bien lu, 12000 milliards de dollars !

D'ailleurs Evans-Pritchard devance immédiatement votre question sur la capacité des fonds souverains à sauver le système :
« It would be almost impossible to attract or even find such sums from investors. While sovereign wealth funds command roughly $3,000bn in funds, this money is mostly committed already. The funds have grown extremely wary of Western banks with sub-prime exposure after burning their fingers so many times already. »
« Il serait quasiment impossible d'attirer ou de trouver une telle somme auprès des investisseurs. Alors que les fonds souverains gèrent approximativement 3000 milliards de dollars, cet argent est déjà engagé. Les fonds sont devenus extrêmement prudents après s'être bruler les doigts plusieurs fois déjà avec des banques occidentales exposées aux prêts subprime. »

Au même moment le Royaume Uni est condamné par les ministres des finances pour dépassement de déficit budgétaire, l'Espagne découvre une baisse de 5,5% de sa production industrielle, l'Allemagne affiche une baisse de 2,4% de la sienne et une baisse continue depuis 6 mois des commandes, le PIB du Danemark baisse depuis deux trimestres etc ... mais la France reste sereinement immunisée grâce à des statisticiens éclairés.

La BCE dans son sondage auprès des banques de l'Union sur les conditions du crédit publié en mai dernier rend compte d'un évident et brutal resserrement des conditions d'attribution de prêts pour TOUS les acteurs.
Fig8

Ceci se traduit clairement dans le graphique du taux de croissance de la masse monétaire M1 montrant un surprenant ralentissement des liquidités court terme dans la zone euro ...
Fig9

... comme des prêts en tous genres aux Etats-Unis :
Fig10.

C'est donc l'asphyxie financière qui guette maintenant les entreprises. Et si celles-ci font défaut, le raz de marée des CDS ranimera les braises fumantes de la crise du crédit.

En résumé tout ceci montre que le plus désagréable pour les entreprises reste malheureusement à venir. Ce qui veut dire que les rêveurs de PER stellaires vont bientôt devoir corriger drastiquement leurs copies et les indices actions corriger en profondeur leurs excès.

Et pendant ce temps là, les avoirs des trackers or montent gentillement et dépassent les plus-hauts précédents.
Tant qu'ils restent autorisés ... profitez en !

Fig11.


IN GOLD WE TRUST !


Bonne semaine à toutes et à tous



PS:  "In God we trust" : "En Dieu nous croyons"
Avertissement :
Cette analyse est diffusée à titre purement informatif et éducatif et ne constitue en aucune façon un document de sollicitation en vue de l'achat ou de la vente des instruments financiers émis par la société objet de l'étude.
L'investissement et le trading sont des activités présentant des risques financiers.
Tout investisseur doit donc se faire son propre jugement quant à la pertinence d'un investissement dans une quelconque valeur mobilière émise par la société mentionnée dans cette analyse, en tenant compte des mérites et des risques qui y sont associés, de sa propre stratégie d'investissement et de sa situation légale, fiscale et financière.

Commentaires IN GOLD WE TRUST

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alzarkaouiii

(58 msg)

Plusieurs mois Moins d'un an Uniquement fondamentale Actions françaises

Posté le : le 13-07-2008 22:51:48 Voir le profil   Envoyer un message privé
reponse a henryk3:est-ce qu'on est dans le cadre de la loi de newton ou de E=MC2,parce que ce n'est pas la meme chose.


alzarkaouiii

(58 msg)

Plusieurs mois Moins d'un an Uniquement fondamentale Actions françaises

Posté le : le 14-07-2008 00:07:09 Voir le profil   Envoyer un message privé
pour roque:je plaisante bien sur.meme si a juste titre on pourrait se poser la question de la "depression".


alzarkaouiii

(58 msg)

Plusieurs mois Moins d'un an Uniquement fondamentale Actions françaises

Posté le : le 14-07-2008 10:43:00 Voir le profil   Envoyer un message privé
je ne suis pas un specialiste des bilans bancaires,peut-etre pourriez-vous un jour nous montrer un peu "le fonctionnement de l'usine":que doivent mettre les banques en face des credits à l'économie ,comment interviennent parallelement les produits dérivés.alternatives économiques dans son numero 2008 sur la finance évalue le poids additionné des actions,obligations et actifs divers à 190000 milliards de $.soit 4 fois le PIB mondial.ou se situent donc vos malheureux 12000 milliards...à + monsieur roque.si vous le voulez bien...


Roque

(1145 msg)

Plusieurs semaines Plus de 3 ans Technique et fondamentale Actions françaises

Posté le : le 14-07-2008 11:39:30 Voir le profil   Envoyer un message privé

Bonjour

Bon départ pour Fannie Mae à Francfort :




alzarkaouiii : bon sujet en effet mais je pense avoir donné déjà tous les éléments dans plusieurs commentaires précédents dont ceux-ci

Dernière sortie avant l'autoroute
et
Cash is king

+


trenders

(20 msg)

Plusieurs semaines De 1 à 3 ans Uniquement technique Actions françaises

Posté le : le 14-07-2008 15:21:01 Voir le profil   Envoyer un message privé
Merci Roque pour ces toujours remarquables leçons d'économies internationales que les meilleurs professeurs de Science po, de l'Ena et même de Harvard nous envie

Posté le : le 15-07-2008 00:09:17 Voir le profil   Envoyer un message privé


clch

(5 msg)

Plusieurs semaines De 1 à 3 ans Non renseigné Actions US

Posté le : le 15-07-2008 15:05:44 Voir le profil   Envoyer un message privé
Bonjour à tous,

Un énorme Merci à Monsieur Roque,

cordialement
clch


applee

(18 msg)

Quelques heures Plus de 3 ans Uniquement technique Autres Dérivés

Posté le : le 15-07-2008 15:25:57 Voir le profil   Envoyer un message privé
juste pour vous embêter...
Cliquez pour agrandir

Posté le : le 15-07-2008 19:10:00 Voir le profil   Envoyer un message privé
Bonsoir,

je vous invite à lire un rapport de 1996/1997 (vous verrez que ce n'est pas si loin) développé au sénat:


http://www.senat.fr/rap/r96-52/r96-52_mono.html

Cordialement


Roque

(1145 msg)

Plusieurs semaines Plus de 3 ans Technique et fondamentale Actions françaises

Posté le : le 15-07-2008 21:56:39 Voir le profil   Envoyer un message privé
Bonsoir

Il y a de plus en plus de rumeurs relatives à l'intérêt que porterait la SEC sur une révision des règles de vente à découvert (short selling). La première mesure concerne la fin des naked short.

J'ai déjà écrit plusieurs fois sur ce site qu'il fallait s'attendre à tout.
Une modification des règles de ventes à découvert pourrait entrainer un débouclage violent de certaines positions vendeuses alimentant un sursaut à la hausse.

A mon sens ce n'est que la première mesure d'une longue liste car tout sera mis en oeuvre pour entraver la descente aux enfers. Attendez vous un jour ou l'autre, comme je l'ai déjà écrit aussi, à une mise à l'index d'un certains nombres d'instruments financiers qui ont fait les beaux jours des traders et qui demain seront considérés comme infamants.

A+

Posté le : le 16-07-2008 09:25:23 Voir le profil   Envoyer un message privé
Merci Roque pour toutes ces analyses et ce sens de l'anticipation.

Selon toi, l'interdiction des ventes à découvert aura-t-elle pour extension l'interdiction d'achat de contrats put non couverts par la détention du sous jacent (options)?

J'aurais également souhaité avoir ton avis au sujet de Visa, assez peu impactée par la crise. J'ai lu qu'elle était moins affectée que les bancaires du fait que l'essentiel de ses revenus provenait des commissions sur transactions et non des crédits accordés à ses clients. J'avoue avoir quelques doutes au sujet de son "immunisation" à la crise. As-tu un avis sur le sujet ?

Merci d'avance.


Roque

(1145 msg)

Plusieurs semaines Plus de 3 ans Technique et fondamentale Actions françaises

Posté le : le 16-07-2008 14:14:32 Voir le profil   Envoyer un message privé
Bonjour Marc_Altus

Difficile de bannir les options mais possible voir très probable révision des règles sur le marché des MP.

Les résultats de Visa ici.

Effectivement moins concernée en ce moment car récurrent important mais sera concernée par la baisse de la consommation (moins de transactions donc de comm).

A+

Posté le : le 16-07-2008 18:50:32 Voir le profil   Envoyer un message privé
Bonsoir Roque

Merci pour ta réponse.

Cordialement.


cdur

(1355 msg)

Plusieurs semaines De 1 à 3 ans Technique et fondamentale Autres Dérivés

Posté le : le 18-07-2008 20:42:22 Voir le profil   Envoyer un message privé

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