Hyperinflation ... le début ?Les dernières analyses liées :
Un frisson a gagné soudainement les marchés financiers. Bernanke, après s'être longtemps penché sur le marc de café et avoir fait tourné plusieurs fois sa boule de cristal, a annoncé qu'il pourrait hausser prochainement le taux directeur de la FED. En lisant ce commentaire dans un quotidien financier hexagonal j'ai aussitôt éclaté de rire devant cette mise en scène grotesque et inutile. De la même façon je suis toujours fasciné par les commentaires de traders qui spéculent sur le bon mot ou la bonne décision de la banque centrale X ou Y, ou du chiffres Z du chômage ou de l'immobilier. Il est vrai que sans ces croyances irrationnelles les marchés perdraient le moteur même de leur nature, la psychologie, et deviendraient alors prédictibles. J'ai déjà amplement démontré dans ces colonnes que la variation des taux directeurs par les banques centrales avait autant d'effet sur les marchés financiers, en l'état des taux de réserves obligatoires imposés par la FED et la BCE, que de chercher à faire dérailler un TGV en posant une boite d'allumettes sur un rail. Pour ceux qui n'auraient pas lu ce commentaire passé je vous invite à lire mon post du 25 septembre 2007 « Je me marre ». La réalité est beaucoup moins flatteuse pour la FED. Cette réalité vous la trouverez sur les graphiques de taux. Examinez par exemple les taux des bons du Trésor américain. Après avoir cassé début 2007 leur tendance baissière ils se sont ensuite stabilisés pendant toute la durée de cette première phase de la crise du crédit. En effet, les investisseurs se sont rués vers les bons du Trésor pensant y trouver une auberge sûre pour y parquer leurs liquidités. Cette ruée a stabilisé, voire fait baisser, temporairement les taux longs. Fig1. ![]() Aujourd'hui ces taux reprennent franchement le chemin de la hausse. Pourquoi ? Souvenez-vous de ces économistes qui paradaient il y a encore peu sur Bloomberg, CNBC, LCI ou CNN. Lorsque le sujet de l'inflation des prix était abordé ils rejetaient l'argument avec mépris considérant ce fléau d'un autre temps. Ce sont les mêmes qui, alors que le prix du pétrole décollait, vous sortaient cet argument ahurissant : “notre économie a évolué et est moins dépendante du pétrole”. “Aujourd'hui ce n'est plus comme avant !” Toujours ce même refrain ! Et pourtant, et cela malgré une manipulation évidente des chiffres par les organismes chargés des statistiques économiques, les faits viennent démontrer l'inverse. Les prix au détail augmentent, résultat de la lente contamination provoquée par la hausse de l'énergie primaire elle même favorisée par un subtil terreau de dettes abyssales et d'orgie monétaire. Tout comme David FISCHER l'écrivait ! Quant à ceux qui mesurent encore l'inflation des prix hors énergie et hors alimentation ... vivent-ils dans le même monde que nous ? En France : L'INSEE nous affirme que nos prix n'ont pas bougé de plus de 3,3% depuis un an. Sincèrement je me demande si les ingénieurs statisticiens de l'INSEE ne sont pas séquestrés par leur employeur. Ceci expliquerait cette déconnexion avec les réalités des supermarchés ou des fins de mois ! Fig2 ![]() Dans l'Union Européenne la tendance est franchement à la hausse comme le montre ce graphique tiré du site de la BCE : Fig2.1 ![]() Aux Etats-Unis le bureau des statistiques avoue un petit 4,2% de hausse des prix, ce qui fait hurler de rire tous les américains avec lesquels j'ai eu l'occasion d'en parler au cours de notre récent périple dans la Nouvelle France (Ohio, Kentucky, Tennessee). Fig3 ![]() En Chine : les dernières statistiques font état d'une véritable explosion des prix alimentaires. Je vous laisse apprécier les chiffres donnés dans ce tableau tiré du site du Bureau National des Statistiques de Chine. Sur une année : Alimentation +18,2%, Volailles +49%, Oeufs +23,4%, Légumes +22,5% ... Transports -1,3% (conséquence d'une politique de subvention et de contrôle des prix sur les carburants). Au final une hausse annuelle des prix, au bas mot, de 6,5%. Ce chiffre est à rapprocher des prévisions de PIB pour 2008 soit 8,7%. La réalité de la croissance chinoise se situe donc plutôt autour du chiffre de 2,2% de croissance réelle pour 2008 ! fig4 ![]() L'Inde affiche fièrement aujourd'hui un PIB en croissance annuelle de 9% mais en face de cette performance une inflation de 8,75% des prix à la consommation ramène la croissance réelle à ...0,25% par an. Le gouvernement indien n'est pourtant pas en reste pour essayer de juguler cette inflation. Après avoir interdit les marchés à terme du blé et du riz en 2007, début mai c'est maintenant au tour de l'huile de soja, des pommes de terre, des pois chiches et du caoutchouc d'être retirés des marchés de futures. Puis fin mai la publication des statistiques de prix sur le site du gouvernement indien est remplacée par cet avis ... patientez on revoit notre méthode de calcul ! Étrange ... fig5. ![]() Il est un fait que la dernière publication des variations annuelle des prix à la consommation, en mars 2008, brosse un paysage semblable à celui des prix chinois : 7,79% pour l'alimentation, 25,29% pour les huiles, 11,03% pour les produits laitiers, ... La différence est qu'ici les prix des produits manufacturés sont aussi en hausse significative alors qu'en Chine ceux-ci restent stables. Fig6. ![]() Fig7. ![]() Sur ce sujet de l'inflation des prix je vous ai déjà largement donné mon sentiment. Néanmoins je vous invite à relire mon commentaire de septembre 2007 dans lequel je vous proposais quelques extraits de l'ouvrage de David FISCHER consacré précisément à ce sujet de l'inflation. J'ai une préférence particulière pour celui-ci : “A fourth stage began as this new institutionalized inflation took hold. Prices went higher, and became highly unstable. They began to surge and decline in movements of increasing volatility. Severe price shocks were felt in commodity movements.” “Une quatrième phase commence alors que cette nouvelle inflation institutionalisée s'installe. Les prix augmentent et deviennent très instables. Les hausses et les baisses se produisent avec de plus en plus de volatilité. Des chocs violents sont ressentis sur les prix des matières premières.” L'expérience indienne récente doit aussi nous préparer à des actions de la part des gouvernements qui ne manqueront pas de surprendre les investisseurs ou plutôt les méchants spéculateurs. Effectivement je ne serais pas très surpris si dans la foulée du G8 des mesures visant à réduire la spéculation sur les matières premières intervenaient. Peut être pas aussi drastiques que celles mises en place en Inde mais une révision de la catégorisation des acteurs de ces marchés et des marges qui leur sont attribuées pourraient donner le signal d'un mouvement de réduction des effets de leviers (deleveraging). Ce mouvement se traduirait alors par des liquidations de position et donc une réduction aussi massive des liquidités (souvenez vous, liquidités = risques acceptés par prêteur et emprunteur). Et donc un soutien au dollar .... Cet avis, qui n'engage que moi, nous amène naturellement sur le sujet du dollar. Sujet indissociable de celui des taux d'intérêt. En effet c'est cette matière première, le dollar, qui selon qu'elle est abondante ou pas fait que les taux sont faibles (dollar abondant donc bon marché) ou élevés (dollar plus rare donc plus cher). J'en ai déjà parlé ici. Le stock de dollar est alors défini par deux éléments :
Considérons ces deux éléments pour tenter d'apprécier la direction la plus probable que prendrait le dollar. La politique fiscale est probablement la chose la plus facile à mettre en évidence. Tout le monde sait que la balance commerciale américaine ne cesse de se dégrader. Même si récemment un léger rebond est apparu, le trillion de déficit commercial est à portée de la main. Rebond qui d'ailleurs corrobore bien la thèse de l'entrée en récession des Etats-Unis. fig8. ![]() Fig9. ![]() L'été 2001 a marqué un tournant dans la dette publique américaine dont le taux annuel de progression était en voie de stabilisation. Ce taux a culminé à plus de 15% par an pour régresser à “seulement” 8,5% par an aujourd'hui. Imaginez ce que représente 8,5% d'accroissement de la dette des Etats-Unis chaque année ............. environ 800 milliards de dollars. UNE PAILLE ! Fig10. ![]() La FED ne crée pas de monnaie contrairement aux nombreuses affirmations qui sont faites sur le sujet, c'est le Trésor américain qui est le principal responsable de cette inondation de monnaie qui a effondré le dollar. Rapprochez les deux graphiques ci-dessus et ci-dessous pour vous en convaincre. Fig11. ![]() Le statut particulier que s'est attribué le dollar en déboulonnant l'or en 1971 aurait mérité plus de discipline budgétaire. Ce laxisme intervenu dans la monnaie de référence a entrainé le dollar dans une longue descente aux enfers vis-à-vis, de l'or, bien entendu (notez ci-dessous la corrélation entre la chute de la valeur or du dollar et le pouvoir d'achat mesuré par l'inverse du CPI) ... fig12 ![]() Fig13. ![]() Ou bien encore le Franc Suisse : Fig14. ![]() Notez sur chacun de ces trois graphiques le moment où s'est produit la chute de valeur du dollar : précisément lorsqu'il est devenu la référence monétaire en 1971 et que l'inflation s'est installé durablement. C'est la troisième phase que David Hackett FISCHER résume ainsi : "The third stage began when people discovered the fact of price-inflation as a long-term trend, and began to think of it as an inexorable condition." "La 3ème phase commençe alors que les gens découvrent que l'inflation des prix est une réalité de long-terme et l'appréhendent alors comme une situation inexorable. " À mon sens la route long terme du dollar est toute tracée. Quel élément pourrait intervenir pour retourner cette tendance de fond ? Sincèrement je n'en vois pas et Addison WIGGIN non plus dans son excellent ouvrage “Le déclin du dollar” que je vous encourage à lire. Structurellement une monnaie assise sur une montagne de dettes peut-elle rester la référence monétaire mondiale ? Dans ce contexte quelle place prendra l'or demain dans l'inévitable nouvel ordre monétaire qui naitra à la fin de cette crise majeure ? La Chine n'y aura-t-elle pas une place ? À mon sens elle la prépare avec la patience qui caractérise le sage chinois fidèle à son dicton “Le boeuf est lent mais la Terre est patiente”. Pour un investisseur long terme la Chine ce sera le beurre- c'est à dire des entreprises en plein développement- et l'argent du beurre -une monnaie qui ne peut que s'apprécier vis-à-vis des monnaies des pays endettés, dont l'Union Européenne fait partie au même titre que les Etats-Unis ! Le mouvement d'appréciation du Renminbi a commencé ... jusqu'où ira-t-il ? Fig15. ![]() Certes à court terme le dollar pourrait connaitre quelques rebonds hérités d'une part de l'entrée en récession de l'économie américaine et d'autre part des conséquences des réduction des effets de leviers : moins de leviers, moins de liquidités, donc dollar plus rare et donc plus cher ... mais rien n'est moins sûr lorsqu'on met en face de ces facteurs de soutien les braises encore chaudes de la crise du crédit prêtent à s'enflammer au premier coup de Mistral. Mais la question qui m'obsède je vous la repose : Quel élément pourrait intervenir pour retourner la tendance de fond ? ![]() Vous comprenez maintenant pourquoi la pythie de la FED qui annonce*, alors que tout monte -les taux Lt, Libor, Euribor, l'inflation etc ...- qu'elle va monter son taux directeur me fait sourire (jaune). Bonne semaine à toutes et à tous * "Retenez moi où je fais un malheur !"
Avertissement :
Cette analyse est diffusée à titre purement informatif et éducatif et ne constitue en aucune façon un document de sollicitation en vue de l'achat ou de la vente des instruments financiers émis par la société objet de l'étude. L'investissement et le trading sont des activités présentant des risques financiers. Tout investisseur doit donc se faire son propre jugement quant à la pertinence d'un investissement dans une quelconque valeur mobilière émise par la société mentionnée dans cette analyse, en tenant compte des mérites et des risques qui y sont associés, de sa propre stratégie d'investissement et de sa situation légale, fiscale et financière. Vous devez être identifié pour poster un commentaire. Pour vous identifier : cliquez ici Pour vous incrire sur Pro-AT : cliquez ici |
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