Hausses et baisses : la véritéLes dernières analyses liées :
Sur Pro-AT on le dit et le redit, l'analyse technique sans la notion de probabilité n'a aucun sens.
Cette notion de probabilité utilisée par l'analyse technique est dérivée directement de l'observation statistique d'un phénomène. Cette observation s'appuie sur les résultats obtenus à partir un échantillon puis cet échantillon est utilisé pour déterminer la probabilité appliquée à la population entière avec une marge d'erreur.
Avec cet éclairage jetons ensemble un oeil au sacro-saint leitmotiv de l'analyse technique « Tant qu'une tendance n'est pas formellement invalidée elle a plus de chance de se poursuivre que de s'inverser ». Formulé autrement : « hors une rupture de la tendance en cours, la probabilité qu'une tendance se poursuive est supérieure à la probabilité qu'elle s'inverse » et celà INDÉPENDAMMENT de l'âge de cette tendance semble dire la littérature et colporter ses hérauts.
Qu'en est-il réellement ?
Le premier problème, pour ce qui concerne le marché français, est le manque de recul historique. J'ai eu plusieurs fois l'occasion de parler de cette difficulté. Les indices actuels remontent au mieux (CAC40) à 1988 ce qui est largement insuffisant pour recueillir de bonnes statistiques (échantillon insuffisant). Cette limitation explique d'ailleurs très largement les interprétations hardies qui sont faites sur la valorisation du marché français. Il est effectivement facile d'obtenir une moyenne élevée de PER lorsque l'on a à la fois un historique court et un excès monumental de valorisation récent. Ceci explique aussi les tracés tout aussi osés de droites de support haussières long terme très optimistes ou les décomptes elliotistes fantaisistes faisant partir la naissance du monde en 1988. Donc dans ce qui va suivre je vous demande de lire avec beaucoup de précaution les résultats du CAC40 et de vous reporter plutôt à ceux du S&P500 dont l'historique est plus large (donc échantillon plus représentatif).
Intéressons nous en premier lieu précisemment au S&P 500. Pour cela j'ai comptabilisé les hausses et le nombre de jours de celles-ci (durée de chaque hausse en jours calendaires) pour trois hypothèses de correction:
J'obtiens le tableau suivant pour le S&P 500 :
Fig1. ![]()
Vous découvrez avec moi que le S&P 500 n'a connu dans son histoire (depuis 1950) que deux hausses de plus de 1800 jours sans une correction d'au moins 10% sur un total de 40 hausses connues. Les hausses de cet ordre les plus courantes durent au plus 600 jours pour une écrasante majorité (80%).
Et bien maintenant la question à 1000 Kopeks : donnez-moi les dates de début et de fin de ces deux hausses exceptionnelles (soit seulement 5% des 40 hausses) ? La première : d'octobre 1990 à octobre 1997 soit 2553 jours. Le seconde : de mars 2002 ........... au 4 juin 2007 soit 1911 jours, à ce jour. Fig2.
Autre question : qu'elles sont les 3 hausses les plus longues sans une correction d'au moins 15% sachant que 2/3 des hausses fait moins de 1000 jours ? La première : 2836 jours d'octobre 1990 à juillet 1998 La seconde : 1839 jours d'août 82 à août 87 La troisième : 1699 jours d'octobre 2002 ...... au 4 juin 2007 (à ce jour). fig3.
Question complémentaire pour départager les ex aequo : qu'elles sont les 4 hausses les plus longues sans une correction d'au moins 20% sachant que 89% des hausses depuis 1950 a une durée d'au plus 2000 jours ? La première : 4494 jours de décembre 1987 à mars 2000 La seconde : 1942 jours d'octobre 1974 à janvier 1980 (non représentée sur le graphique ci-dessous) La troisième : 1839 jours d'août 1982 à août 1987 La quatrième: 1777 jours de juillet 2002 ..... au 4 juin 2007 (à ce jour). fig4. ![]()
Pour le CAC40 j'ai recueilli les éléments équivalents. Comme je l'ai dit plus haut le recul historique est insuffisant . Fig5.
Néanmoins on peut constater que si le CAC40 a eu la chance d'avoir depuis mars 2003 une correction d'au moins 10%, .... Fig6. ![]()
.... la hausse actuelle reste exceptionnelle (1543 jours soit le record depuis la création du CAC juste devant le record précédent de 1222 jours établi de mars 1995 à septembre 2000) pour ce qui concerne les hausses sans correction d'au moins 15 % ....
Fig7
... ou sans correction d'au moins 20% (1543 jours soit le record depuis la création du CAC juste devant le record précédent de 998 jours établi d'octobre1995 à juillet 1998)! Fig8.
L'enseignement est donc facile à tirer : la hausse actuelle, depuis 2002 (ou 2003 pour le CAC), et n'ayant pas même connu une correction d'au moins 10% (15% pour le CAC), est tout à fait exceptionnelle.
La probabilité que la tendance ne se poursuive pas sans une correction est très forte sauf à parier sur un exploit comme celui réalisé d'octobre 1990 à octobre 1997.
Mais qu'advient-il si une correction d'au moins 10% survient ? Les cours s'arrêtent-ils gentillement pil poil à 10% ? Puis ils reprendraient tout aussi gentillement leur chemin haussier. ... et bien non comme le montre la synthèse suivante : Fig9.
Pour le S&P 500, la moyenne des corrections d'au moins 10% est de 17,69%, c'est à dire que ces baisses vont de -10% à -37%. Environ 50% fait de 10 à 15% et l'autre moitié de 15 à 37%.
Pour le CAC, 50% des corrections d'au moins 10% fait de 10 à 15% et l'autre moitié de 15 à 36%, mais pour ce qui est des corrections d'au moins 15%, aucune ne fait moins de 22% ( et 19,31% pour le S&P500).
Vous le constatez donc le sacro-saint leitmotiv sur la continuation de la tendance en cours s'avère tout aussi dangereux que de chercher à entrer à contre-tendance s'il n'est pas accompagné d'un facteur de fiabilité directement dérivé de la durée de cette tendance. Plus une tendance est vieille, plus elle est statistiquement fragile.
Bonne semaine
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