La gestion de risque (risk management) fait partie de la gestion des fonds (money management) alors qu'elle en est souvent confondue.
La gestion des fonds est la méthode que vous allez employer pour assurer la rentabilité voulue à vos fonds et à votre activité de trading. Une approche en est donnée dans la seconde partie de mon livre le Tao de la Bourse et du Trading. La gestion des risques va, elle, se focaliser sur l'évaluation du risque tant en montant qu'en probabilité.
Il existe plusieurs approches possibles de la gestion du risque :
L'approche quantifiée versus l'approche psychologique.
L'approche quantifiée est facile à comprendre. Elle consiste à estimer quel montant de perte maximale on peut subir sur une position ou sur la totalité d'un portefeuille. Nous la développerons ci-dessous.
L'approche psychologique est plus complexe, mal connue. Elle consiste à déterminer, par exemple, quel montant de perte on peut subir sans être invalidé dans son comportement. Ou encore quel montant de perte permet de prendre ou de sortir d'une position facilement c'est à dire sans se poser de questions sur sa répercussion psychologique.
Ce domaine est encore trop neuf pour que nous disposions de théorie utilisable. On ne peut procéder qu'empiriquement. Et ceci est d'autant plus vrai que ces seuils sont différents pour tout un chacun et dépendent de toute une série de conditions extérieures, comme le montant du capital, l'usage que l'on veut faire de son trading, la disponibilité des sommes etc... Nous ne l'aborderons pas dans cet article.
L'approche globale versus l'approche locale.
Cette distinction est utilisée par les professionnels de la gestion des risques d'un établissement financier. Elle consiste à distinguer la gestion de l'ensemble des actifs d'un établissement financier ou d'un professionnels de la gestion d'une position.
Cette distinction présente peu d'intérêt pour un pur day trader ou un scalper, dans la mesure où il ne gère que des positions qui ont vocations à être rapidement fermées. Elle présente par contre un intérêt pour celui qui est à la fois un investisseur et un trader.
L'approche globale.
Nous n'aborderons ici l'approche globale que dans la mesure où elle fournit certaines techniques utilisables dans l'approche locale. En effet, il est rare qu'un investisseur privé utilise des modèles de taux d'intérêt ou des modèles de corrélation complexes pour évaluer son risque. Il n'en a ni le temps ni les moyens, et cela aurait peu de sens dans la mesure où la plupart de ces techniques sont utilisées pour déterminer dans les banques les minima de capital réglementaire pour satisfaire les exigences de la réglementation de Bâle.
Il est cependant utile de décrire l'un des fondements de la gestion de risque que l'on dénomme la VAR (Value at Risk).
La VAR est le montant maximum de perte estimée que l'on peut subir avec une probabilité donnée pour un horizon de temps donné.
Pour les traders qui utilisent l'analyse technique, une bonne représentation de la VAR peut être donnée par l'observation des bandes de Bollinger à condition que la moyenne reste horizontale (voir graphique).

Sur ce graphique la moyenne est pratiquement horizontale. Les bandes de Bollinger sont tracées avec deux écarts types par rapport à la moyenne. Ce qui donne (si on suit une loi normale ou loi de Gauss) une probabilité de rester dans les bandes de Bollinger de 97.72 % pour un horizon de 5 minutes.
Notons que pour n'importe quel horizon, cette situation est du pain béni pour les swing-traders (à condition que la période choisie ne soit pas trop courte), car les cours vont se promener d'une bande à l'autre.
De ce fait le risque à 98 % de perte maximale est déterminé par les bandes. Ainsi si je prends position à 3424 à la hausse, j'estime que ma perte maximale, avec la probabilité indiquée, sera de 2, 1 points.
Comme nous l'avons dit, pour que la méthode ait un sens il faut une horizontalité de la moyenne centrale, ce qui implique de rechercher l'horizon pour lequel on se trouve dans cette situation. Si l'on remonte dans le temps, cela peut considérablement augmenter la marge de risque, si l'actif est volatil.
Ceci est visible sur les trois graphiques ci-dessous, où l'on recherche une horizontalité pour
une valeur dont la volatilité est moyenne. Le jour ou la semaine sont insuffisants (compte tenu de la tendance sur ces deux horizons, pour déterminer le risque)



Dans cet exemple il est nécessaire de remonter au mois (on peut aussi augmenter le nombre de périodes pour le calcul de l'écart type, ce qui revient sensiblement au même, mais pas toujours) pour trouver une moyenne horizontale.
Ainsi pour avoir une probabilité de 98 % de ne pas dépasser les limites, il va falloir étendre les marges de fluctuations d'un peu plus de 14 euros (alors qu'elles ne sont que d'un peu moins de 4 euros pour les fluctuations quotidiennes).
L'opérateur peut ainsi déterminer son risque, selon le niveau auquel il a pris position. Il est évident que pour un opérateur qui travaille à la journée, cette information ne peut être satisfaisante. Elle lui indique cependant quel est le risque global auquel il s'expose. A lui de mettre les stops qui s'imposent comme on le verra dans les articles suivants. Pour déterminer les limites de la VAR, on utilise 3 méthodes que l'on peut décrire de façon très simplifiées de la façon suivante :
- - la méthode historique : ce que nous venons de faire, on trace les limites en fonction des éléments du passé.
- - la méthode dite de variance-covariance : on va tracer les limites en fonction de la variation d'un certain nombre de facteurs qui vont influencer la valeur d'un actif. C'est la technique couramment utilisée par Riskmetriks (/ref.php?uri=http%3A%2F%2Fmsci.com) qui est l'inventeur de la méthode et qui l'a fournit gratuitement pendant un certain temps aux banques.
- - la méthode dite de «Monte Carlo» qui est une méthode de simulation qui utilise les nombres au hasard. Les modèles utilisant cette méthode sont de loin les plus complexes.
On va ainsi déterminer pour l'ensemble des actifs ou pour un portefeuille, la perte maximale probable calculée avec une probabilité de 99% soit 2,33 écarts-types. Dans le cas d'une banque, la réglementation lui impose alors provisionner les risques possibles.
La question que l'on peut se poser est que se passe t'il quand malgré tout, la perte dépasse les prévisions ? Et bien souvent tout simplement on liquide les actifs.
Ce qui explique les mouvements brutaux que l'on a sur le marché, tout le monde liquidant en même temps des actifs qui sont sortis de l'épure.
En effet, compte tenu des règles comptables du «mark to market», c'est à dire de la valorisation au jour le jour des actifs financiers, les responsables de comptes se doivent pour être cohérents avec la réglementation, soit d'augmenter les provisions soit de liquider les actifs et de prendre les pertes.
Cela vous explique les inquiétudes sur les valeurs bancaires lorsque des mouvements de baisse marqués sont constatés. Cela explique aussi partiellement les inquiétudes que l'on a pu constater sur la dette souveraine et les brusques décrochages.
Un certain nombre de critiques ont été faite à cette méthode et on a essayé de l'améliorer (Modèle GARCH, EWMA etc.). Certains lui reproche d'être à l'origine de la crise financière de 2008 et d'accentuer la crise des dettes souveraines.
Il est certain que ces modèles ne peuvent convenir que lorsque les marchés ont une certaine stabilité. Intuitivement, tout trader sait que lorsque les bandes de Bollinger se mettent à diverger, on se trouve dans un marché en tendance et on sort des limites.
S'il y a explosion, ce sont les fameuses «queues épaisses» des statisticiens ou le «Cygne noir» de Nicolas Taleb.
Le problème est que les hypothèses qui sous-tendent les théories de la VAR reposent sur des postulats de stabilité. Postulats dont les événements récents nous ont montré la fragilité. Certes, il est toujours possible de changer d'horizon de temps pour trouver un système stable, mais à quel prix. Si je passe de la journée au mois afin de trouver une stabilité, mon niveau de risque va considérablement augmenter comme on l'a vu ci-dessus.
Cette méthode permet certes de répondre aux impératifs réglementaires mais pas toujours de prendre les bonnes décisions. Nous verrons dans les prochains articles, comment l'analyse technique peut apporter des réponses tout au moins dans le domaine local, ce qui permet de prendre les décisions qui s'imposent.
Ainsi, la gestion globale du risque impacte considérablement les marchés. Même si ces techniques ne vous sont pas d'une utilité immédiate, elles sont nécessaires à connaître pour comprendre ce qui se passe sur les marchés lorsque la volatilité s'accroît.
Dans les prochains articles nous aborderons la gestion des risques dite «locale» qui permet aux traders d'évaluer leurs risques et éventuellement de les couvrir.