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Georges Walker Bush vient d'annoncer un plan miracle. Sous forme de cadeaux fiscaux ce plan devrait redonner 140 milliards de dollars aux citoyens américains. Mais est-ce vraiment la solution à tous les maux actuels ? J'ai déjà eu l'occasion de l'écrire ici que, contrairement aux idées reprises et rabachées par les medias, les banques centrales n'ont qu'un pouvoir limité sur la création de monnaie. Deux acteurs majeurs se partagent réellement ce pouvoir :
Pour avoir une idée des forces en présence je vous propose de jeter un oeil à ce graphique que j'ai réalisé à partir des données fournies par Satyajit Das1, grand spécialiste incontesté au niveau international de l'ingénierie financière et auteur d'ouvrages de référence sur les produits dérivés. Je n'ai pas repris son graphique volontairement car il n'est pas à l'échelle, et quoique déjà très illustratif il ne donne pas à mon sens une idée suffisante de la réalité telle que vous allez la découvrir. Si on s'intéresse aux volumes existant de liquidités provenant des banques centrales, des masses monétaires en circulation, des dettes titrisées (immobilier, commercial, cartes de crédit ...) et des produits dérivés et qu'on les compare entre elles (% des liquidités) ou par rapport au PIB mondial (% du PIB mondial) la réalité du poids des uns et des autres est alors la suivante : fig1. ![]() À votre avis qui fait la loi ? Cette situation est née à la fin des années 90. Beaucoup d'observateurs économiques sont restés sur les schémas des années d'avant cette rupture. Années pendant lesquelles les contraintes sur les réserves obligatoires des banques commerciales et l'ingénierie financière n'avaient pas du tout la même physionomie qu'aujourd'hui. C'est ce que Paul McCulley a baptisé en septembre dernier, le « Shadow Banking System » on « système bancaire de l'ombre » défini comme «as the whole alphabet soup of non-bank levered intermediaries » ou «tout l'alphabet des intermédiaires non-bancaires et jouant sur l'effet de leviers ». Alors lorsque j'entends un journaliste sur LCI nous asséner ces mots « Les banques centrales ont règlé le problème. La BCE notamment a sauvé le système de la paralysie? Je crois qu'il faut le dire ! » je me demande si celà relève de la méthode Couet ou bien de l'ignorance totale de ce changement de contexte ... Je crois qu'il faut le dire ! D'ailleurs l'intervention de Bush sonne comme un aveu d'impuissance de la FED et des banques centrales occidentales en général. Après avoir tenté à plusieurs reprises d'impressionner les investisseurs il semble que les banques centrales aient épuisé tous les écrans de fumée possibles pour maintenir la situation uniquement sur des ressorts psychologiques. Certes la psychologie est le ressort principal des marchés financiers mais il arrive un moment où, la réalité se faisant jour, même les plus autistes des investisseurs doivent se rendre à l'évidence. Cette réalité elle est maintenant perceptible un peu partout. L'évènement de la semaine pour les indices américains, c'est le passage en tendance baissière du S&P500 (l'indice le plus représentatif des grosses capitalisations américaines). Ce changement de tendance a tout juste suivi un double-sommet de belle facture. Un moment historique ! Fig2. ![]() J'en profite pour faire une parenthèse et présenter une configuration, que je développe dans les séminaires Andrews (prochain à Nantes le 8 mars), le shake-out, que j'ai rebaptisé double refus. Le premier refus de médiane a eu lieu sur la médiane rouge (ellipse rouge), ce qui rend le deuxième refus (ellipse bleue) brutal. La cassure de la L-MLH grise donnera l'occasion à ceux avec qui j'ai déjà eu la chance de partager ces journées de calculer le prochain objectif le plus probable. Fig3. ![]() Je ne peux pas poster ici tous les graphiques vous montrant la situation des indices aussi je vous propose ce tableau qui résume ce la situation actuelle: ![]() (tableau modifié le 23/01/08) Les matières premières, stars de l'année 2007, vont-elles perdre de leur lustre en 2008 ? En effet plusieurs éléments purement techniques montrent que les matières premières pourraient, a minima, connaitre une pause. ce qui au passage est tout à fait cohérent avec une économie mondiale en ralentissement. Le pétrole a-t-il fait un top avec ce potentiel double-sommet situé pile poil sur la MLH supérieure ? Il faudra attendre un passage sous 88$ pour en avoir le coeur net. Dans cette hypothèse Andrews nous donnerait un objectif vers 70$. Fig4. ![]() Quasiment tous les métaux de base présentent depuis beaucoup plus longtemps que le pétrole une configuration de consolidation qui est bien illustré par l'indice GFMS ci-dessous. ![]() L'or lui même semble arrivé à un tournant. En dollar américain l'objectif défini par les deux triangles (bleu LT et rouge CT) est atteint. fig5 (ici en $ US) ![]() Sur le plus long terme et en dollar américain, il est maintenant en haut de son canal de long-terme tout comme l'or en sterling ou en rand. fig6. ![]() En €uro l'or a également quasiment rejoint l'objectif de son dernier triangle. fig6 (en €uro) ![]() et à plus long terme il a rejoint celui du triangle formé de mi 2006 à mi 2007. ![]() Il semble donc que l'or puisse entrer dans une phase de consolidation ce qui ne remet, pour l'heure, pas en cause son potentiel long-terme. Cette consolidation serait d'ailleurs tout à fait logique dans un contexte de récession puisqu'une récession par définition pèse sur la consommation et donc sur les facteurs inflationnistes. Sur le front des devises j'ai résumé rapidement dans le tableau ci-dessous ce que j'y vois (ou que je crois y voir), techniquement parlant : ![]() En résumé, ces éléments militeraient pour une baisse de l'€uro contre la plupart des monnaies fortes (sauf éventuellement le £), une hausse du Yen et du franc suisse et enfin une hausse relative du dollar US. Le point qui m'a véritablement sauté à la figure c'est la position du dollar US par rapport à la monnaie suisse. Si le support actuel était cassé il y aurait un risque d'effondrement LT du dollar pouvant l'emmener vers 0.5 CHF pour 1 USD. J'en frémis déjà !!! Fig8. ![]() Ce qui transparait dans ces graphiques des devises reste tout à fait logique avec la situation telle qu'elle semble se dessiner aujourd'hui. En effet, si une vague de déflation frappe toutes les classes d'actifs le meilleur placement devient le cash et si le cash est recherché, les monnaies que j'ai mentionné plus haut deviennent des havres pour les investisseurs (au CHF et au Yen il faudrait ajouter le dollar singapour). Quand je dis cash j'y inclus les obligations d'état bien entendu. On voit d'ailleurs que leurs rendements a fait un plus bas fin 2005 pour ensuite renouer avec la hausse sous la pression des craintes inflationnistes mais que cette hausse depuis l'été 2007 a été stoppée par le rush des investisseurs sur ce type de placement. ![]() Un zoom court terme montre d'ailleurs que le phénomène s'est amplifié récemment et sur toutes les maturités ![]() Jetons un oeil maintenant sur le monde "réel". Je fais l'impasse sur l'immobilier car on en a déjà beaucoup parlé. Vous connaissez maintenant le sujet par coeur. L'indice Baltic Dry Index a fait une chute de 55% entre début novembre et aujourd'hui. Cet indice aggrège plusieurs indices qui eux mêmes mesurent les trafics de fret en termes de valeurs et de volumes pour différentes routes maritimes. fig9 ![]() A mon humble avis cet indice montre que, contrairement à ce dont l'autisme médiatique cherche à se convaincre, les pays émergents devraient payer leur tribut à cette récession. En résumé on remarque que beaucoup d'actifs sont déjà ou sont proches d'une correction alors même que les indicateurs du monde réel anticipent un net coup de frein à la consommation. Dans le même temps certains gouvernements renouent avec le dirigisme économique : contrôle des prix en République Populaire de Chine et rabotage du taux du livret A en France. A mon humble avis nous ne sommes qu'au tout début du retour à l'interventionnisme étatique... (ajout après avoir posté le commentaire) Alors que j'avais déjà posté mon commentaire je viens de lire un article récent de Satyajit Das qui rejoint ma phrase précédente. Je lui emprunte donc ces deux phrases en guise de conclusion : "In good times, financial markets embrace Capitalism. In bad times, financial markets re-discover Socialism." "Quand tout va bien les marchés financiers épousent le capitalisme. Quand ça va mal, ils redécouvrent le socialisme." Bonne semaine à toutes et à tous 1 Il a lui même repris ces chiffres d'un article d'Andrew Cornell « The Year of easy money » paru dans la revue The Week end Australian Financial Review (27 décembre 2006). 2Par analogie avec le shadow cabinet britannique qui n'est pas fantôme comme souvent traduit mais dans l'ombre du cabinet en charge du gouvernement
Avertissement :
Cette analyse est diffusée à titre purement informatif et éducatif et ne constitue en aucune façon un document de sollicitation en vue de l'achat ou de la vente des instruments financiers émis par la société objet de l'étude. L'investissement et le trading sont des activités présentant des risques financiers. Tout investisseur doit donc se faire son propre jugement quant à la pertinence d'un investissement dans une quelconque valeur mobilière émise par la société mentionnée dans cette analyse, en tenant compte des mérites et des risques qui y sont associés, de sa propre stratégie d'investissement et de sa situation légale, fiscale et financière. Vous devez être identifié pour poster un commentaire. Pour vous identifier : cliquez ici Pour vous incrire sur Pro-AT : cliquez ici |
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