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On ne nous dit pas tout !

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Posté par Roque le 26-11-2007 16:32:25, dernière modification le 26-11-2007 16:56:35

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Pour commencer je voudrais faire un petit retour arrière pour ensuite vous parler d'une news qui est passée au travers du filtre des médias.
Relisez mon intervention de février 2007 intitulée Irangaffe qui m'avait été inspirée par la gaffe de notre ex-président.

J'y commentais les propos de Roger STERN qui se résumaient ainsi : «L'Iran a légitimement besoin du nucléaire civil pour assurer son avenir».

Jeudi dernier, 22 novembre, le directeur général de l'Agence Internationale pour l'Energie Atomique (AIEA) monsieur Mohamed ElBaradei présentait son rapport sur l'avancement des travaux de son agence sur le dossier iranien.
J'ai extrait cette phrase qui en dit long sur la désinformation colossale que nous subissons sur ce sujet (j'aurais dû écrire Kôlosâllll !) :
« I should note, however, that the Agency has no concrete information about possible undeclared nuclear material or weaponization activities in Iran, other than the outstanding issues I have already mentioned. »
« Je dois noter, toutefois, que l'Agence n'a aucune information concrète sur d'éventuels matériaux nucléaires non-déclarés ou des activités d'armements en Iran, autres que les questions en cours que j'ai déjà mentionnées. »


Si, après avoir lu mon post de février et l'intervention complète de Mohamed ElBaradei vous vous demandez encore pourquoi il y a toujours autant de tintamarre autour de cette affaire, alors jetez simplement un oeil à cette carte sur laquelle sont portés :
  • les bases militaires américaines (petite étoile marron)
  • les deux pipe-lines acheminant (en mauve) ou prévu acheminer (en tirets mauves) le pétrole de la mer Caspienne.


Question à 1€ : À votre avis quel est l'OVNI dans ce paysage géométriquement harmonieux ? ... en 4 lettres !

D'autant que les plans américains initiaux qui remontent à bien avant septembre 2001 étaient d'acheminer le pétrole de Caspienne en Océan Indien via l'Afghanistan et le Pakistan précisemment pour contourner l'Iran.

Vous ne me croyez pas ? Vous voulez des choses concrètes, et vous avez raison, et bien lisez les minutes de la commission Asie du Congrès du 12 février 1998. Elles sont reférencées 48–119 CC -1998 - U.S. INTERESTS IN THE CENTRAL ASIAN REPUBLICS.

Vous y verrez qu'Unocal (l'équivalente américaine de Technip qui en 1995 a été absorbée par Chevron) pronait (mandatée par le gouvernement) depuis quelques années la réalisation d'un pipeline reliant la Caspienne à l'Océan Indien via l'Afghanistan et le Pakistan (Unocal louait une maison à Kandahar en face de ... celle de Ben Laden en 1996 alors même que le régime taliban n'avait pas encore mis la main sur tout le pays).

Quelques morceaux de choix dans ce document avant que vous ne le lisiez vous-même:
« encouraging the construction of east-west pipelines that do not transit Iran; and denying Iran dangerous leverage over the Central Asian economies. »
« encourager la construction de pipelines qui ne transitent pas par l'Iran et dénier à l'Iran de peser dangereusement sur les économies d'Asie centrale. »


« In addition, as has been noted by Deputy Secretary of State Strobe Talbott, the United States seeks to discourage any one country from gaining control over the region, but rather urges all responsible States to cooperate in the exploitation of regional oil and other resources. »
« Par ailleurs comme il a été noté par le Secrétaire d'Etat adjoint Strobe Talbott, les Etats-Unis recherchent à décourager quelque pays que ce soit de prendre le contrôle sur la région, mais plutôt de pousser tout état responsable à coopérer dans l'exploitation des ressources régional en pétrole et autres ressources. »


"Switching geography slightly, what is the status of proposals by Unocal and others to build a gas pipeline through Afghanistan to Pakistan?
Glissons un peu géographiquement, quel est le satut des propositions d'Unocal et autres pour la construction d'un pipeline au travers de l' Afghanistan et du Pakistan ?"


« The U.S. Government's position is that we support multiple pipelines with the exception of the southern pipeline that would transit Iran. The Unocal pipeline is among those pipelines that would receive our support under that policy.
I would caution that while we do support the project, the U.S. Government has not at this point recognized any governing regime of the transit country, one of the transit countries, Afghanistan, through which that pipeline would be routed. But we do support the project. »

« La position du gouvernement américain est celle de pipelines mutiples à l'exception d'un pipeline sud qui transiterait par l'Iran. La proposition d'Unocal est parmi celle qui a notre soutien dans ce contexte.
Je voudrais néanmoins attirer l'attention sur le fait que, bien que nous supportions le projet, le gouvernement américain n'a pas à cette heure reconnu de régime dans le pays traversé, dans l'un des pays, l'Afghanistan, au travers duquel un pipeline passerait. Mais nous soutenons vraiment le projet. »


Alors évidemment les choses ne se passent pas comme prévues en Afghanistan. Ce serait donc tout de même plus pratique de faire passer un pipeline par l'Iran !

Les choses ne s'arrangent pas non plus pour la production de pétrole même si nous pourrions temporairement être « sauvés » par une récession économique.

Le président de Total, monsieur de MARGERIE que j'avais déjà cité dans mon post « Très cher pétrole » fait figure d'OVNI, lui aussi, dans le paysage. Il ose dire ce qu'il sait. Ainsi début novembre il déclarait à la conférence Oil & Money à Londres :

"Il sera difficile d'atteindre les 100 millions de barils produits par jour. Les capacités mondiales de production resteront bien en dessous des prévisions officielles".

Commentant les prévisions de production de 116 millions de barils par jour d'ici 2030 contre 85 millions de barils par jour publiées par l'Agence Internationale de l'Energie (AIE) il ajoute : "Mes prévisions sont toujours susceptibles d'évoluer même si le scénario de 100 millions de barils par jour est l'hypothèse optimiste. Ce n'est pas seulement mon opinion, c'est aussi l'opinion des personnes qui aiment dire les choses telles qu'elles sont et pas seulement pour plaire aux gens".

Enfin comme je vous l'écrivais à plusieurs reprises ici même (voir Très cher pétrole de 2005) de Margerie ajoute :
"Le problème se situe non pas au niveau des réserves disponibles, les réserves n'ont jamais été aussi importantes, mais au niveau de la capacité de produire rapidement et de la volonté des pays riches en pétrole de mettre à disposition leurs réserves".
"Nous avons été trop optimistes sur l'aspect géologique du problème. Pas en termes de réserves mais de la façon d'exploiter ces réserves. En outre, l'industrie a mal compris que les pays riches en pétrole voudront garder les réserves les plus accessibles pour eux, laissant les gisements plus petits et plus difficile d'accès aux investisseurs étrangers. Atteindre les 100 millions de barils produits par jour sera difficile, parce que dans ces 100 millions vous avez déjà la production additionnelle de l'Irak, du Venezuela et du Nigeria. Vous avez la production additionnelle de partout dans le monde. Et nous savons qu'aujourd'hui les développements de production ne sont pas mis en oeuvre".

Comme l'écrit Matt SIMMONS dans son ouvrage désormais célèbre, Twilight in the desert, qui il y a quelques mois en faisait sourire plus d'un (les mêmes qui étrangement sont aujourd'hui assez peu loquaces), le jour où l'on découvrira que la production de l'Arabie Saoudite plafonne, les marchés se mettront réellement à broyer du noir.
Aujourd'hui la production saoudienne semble déjà marquer le pas.



Alors régulièrement on essaie de nous faire croire au pouvoir de l'OPEP. La vérité est que l'OPEP a perdu de son lustre. Sa part dans la production mondiale plafonne depuis 2000.

Les relais qui pourraient venir des pays non-OPEP sont également en panne.

Le Mexique a fait son pic de production début 2004 :


Le Royaume -Uni l'a fait fin 1999 et est en baisse de ... 56% depuis. Pour la Norvège cela s'est passé début 2001 et la baisse est aujourd'hui de 36%.


La Russie, premier producteur mondial, ou les pays de l'ancienne URSS de la région caspienne sont souvent présentés comme les sauveurs de cette situation.
Pour la Russie l'exploitation intensive des gisements sous le régime soviétique a « abimé » les réservoirs. Il est donc peu probable que le pic de production de 12 millions de barils par jour puisse un jour être revu.


Quant au pays de la région de la mer Caspienne (tout particulièrement le Kazakhstan et l'Azairbadjan) ceux-ci pourraient à l'horizon de 2010 apporter au plus 2 millions de barils jour supplémentaires.

Pour vous faire une idée vous-même de la situation j'ai rassemblé dans le tableau ci-dessous 22 pays représentants à eux seuls 85% de la production mondiale de brut et porté pour chacun d'eux la situation de leur production (hausse ou baisse, date et niveau du pic de production si en baisse).
À vous de juger !


Nota
: production mondiale 2006 tous produits confondus : 84 630 000 barils/jour

Le paysage ne serait pas complet si on n'y joignait pas une représentation de l'évolution de la demande mondiale (84 661 000 barils/jour en 2006).


Cette demande est, au mieux, stable ces dernières années dans les pays industrialisés (OCDE).

La croissance de la consommation mondiale vient principalement des autres pays, non seulement des BRIC, mais des pays producteurs eux-mêmes, Arabie Saoudite, Iran ... et le problème ne concerne pas seulement le pétrole brut mais aussi le gaz naturel :




La synthèse ci-dessous vous donne le poids, relativement à la consommation mondiale, de la consommation interne de ces différents acteurs.



Un rapide et simple calcul montre qu'une réduction de 10% de la consommation dans les pays industrialisés entraine une réduction de 6% de la consommation mondiale soit autant que les consommations réunies du Brésil et de la Russie. On voit donc l'impact qu'une récession économique dans les pays de l'OCDE pourrait avoir sur le pétrole quand bien même les pays émergents continueraient impertubablement leur croissance (ce que je ne crois pas).

Je pense que ces éclairages permettent de mieux cerner les enjeux monstrueux qui se cachent derrière ce mot de 7 lettres, pétrole. Imaginez 2 secondes un monde où il devient, non pas plus rare, mais plus difficile à amener sur le marché alors même qu'aucune solution n'est prête pour le remplacer tout particulièrement dans le domaine du transport .

Les conséquences en seraient catastrophiques. C'est très certainement l'analyse faite par certains pays et qui explique les jeux politiques (plus ou moins subtils) de ces derniers années : encerclement du moyen-orient et de l'asie centrale par les Etats-Unis, privatisation déguisée de l'industrie pétrolière russe, alliance Inde-Chine avec l'Iran, ...

Contrairement aux concitoyens, dont ils ont la responsabilité, les gouvernements sont des êtres froids et calculateurs. L'accès aux ressources énergétiques est depuis toujours à la source des frictions internationales. Les stratagèmes et les manipulations sont dès lors légions. Aujourd'hui tout est bon pour diaboliser l'Iran ... demain quel autre rideau de fumée nous sera-t-il servi ?

Comme dit si bien l'inégalable humoriste Anne ROUMANOFF : "On ne nous dit pas tout".
Pour vous donner une petite idée de ce qui doit se tramer dans l'arrière boutique, et pour vous détendre après cette litanie de chiffres, je vais vous conseiller de vous lancer dans la lecture du rapport du Congrès sur l'affaire BERGER que j'ai découvert en février dernier.

Vous ne l'avez sans doute pas lu dans la presse car il est évidemment plus intéressant de faire un article sur la Star Academy que sur ce type de babioles. Une babiole ... vous allez pouvoir en juger par vous même.

Monsieur Sandy BERGER n'est pas un inconnu du grand public. En effet, il a été le conseillé à la Sécurité Nationale du président CLINTON de 1997 à 2001, poste ensuite occupé par Condoleezza RICE avant qu'elle ne devienne ministre des Affaires Etrangères.

Au moment de l'enquête lancée par le Congrès sur les évènements du 11 septembre 2001, monsieur BERGER a été mandaté par le président CLINTON pour répondre aux enquêteurs et apporter les informations demandées relevant de l'administration CLINTON. Or à la fin d'un mandat présidentiel les documents hautement confidentiels de la maison Blanche sont archivés à la section Presidential Materials Staff de la National Archives.

Pour préparer les différents entretiens qu'il a eu avec les représentants du Congrès monsieur BERGER a demandé plusieurs fois à avoir accès aux archives les plus secrètes (mandaté par Bill CLINTON).

Il a été établi sans ambiguïté aucune par le personnel en charge des archives que monsieur Sandy BERGER, bras droit de l'ancien président des Etats-Unis pour la sécurité nationale, a détruit des documents secrets originaux, sorti des documents originaux du bâtiment des archives en les cachant dans ses chaussettes et dans son pantalon puis en les cachant temporairement à l'extérieur du bâtiment dans un chantier de construction !



Pris la main dans le sac, il accuse d'abord les archivistes d'avoir égaré les documents. Poursuivi il plaidera coupable et écopera d'une simple illégibilité de 3 ans assortie d'une amende ridicule.

Non je ne délire pas, lisez ce rapport du 9 janvier 2007 des membres républicains du Congrès sur l'histoire.... édifiant !

Ne trouvez-vous pas étrange ce silence assourdissant sur cette affaire des deux côtés de l'Atlantique ?

Pour qu'un personnage de ce calibre joue ainsi à Mata Hari (en moins aguichant, certes), j'imagine que celà en valait largement le coup. Non ?

Elle a raison Anne "On ne nous dit pas tout".


Bonne semaine



PS: le rapport annuel de l'agence américaine pour l'énergie vient de paraitre. Bel ouvrage à lire absolument.

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Commentaires On ne nous dit pas tout !

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Roque

(1071 msg)

Plusieurs semaines Plus de 3 ans Technique et fondamentale Actions françaises

Posté le : le 08-12-2007 17:04:25 Voir le profil   Envoyer un message privé
Bonjour

Si vous avez bien lu mon post sur l'U308 vous aurez noté que pendant des années (depuis 1990) l'industrie à "désinvesti" sur la production de minerai d'uranium du fait de l'abondance de produit de fission d'origine militaire.
Aujourd'hui, alors que le nucléaire redevient à la mode, les investissements reviennent vers la prospection et l'exploitation mais les résultats effectifs ne se verront que dans quelques années (5 à 7 ans pour une mise en exploitation). D'où tout simplement le boom actuel des prix.

PS: avec environ 2000 000 de tonnes de réserves (au coût actuel) les plus de 400 réacteurs actuels peuvent tenir plusieurs décades. Les réserves globales étant elles estimées à plus de 15 millions de tonnes ... on peut voir venir !

A+

Posté le : le 09-12-2007 10:24:12 Voir le profil   Envoyer un message privé
Pourriez-vous s'il vous plaît me donner quelques sources sur ce sujet. J'ai souvent lu le contraire alors je pense qu'il faut que je revois le sujet.

Cependant, quid des déchets ? C'est un notre débat, mais il faut savoir quand même que l'exploitation du nucléaire génère des déchets que nous (et nos centaines de descendants...) vont devoir gérer pendant des milliers d'années. Peut-on chiffrer leur coût?


Roque

(1071 msg)

Plusieurs semaines Plus de 3 ans Technique et fondamentale Actions françaises

Posté le : le 09-12-2007 19:18:00 Voir le profil   Envoyer un message privé

http://www.industrie.gouv.fr/energie/comprendre/q-...

http://www.world-nuclear.org/

http://nuclearinfo.net/Nuclearpower/WebHomeAvailab...

Les déchets ... encore un faux débat. Savez-vous quel volume total ceux-ci représentent ?

Bonne soirée


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