L'effet Minsky ou Credit CrunchLes dernières analyses liées :
La récente publication de l'indice ISM des directeurs d'achat des entreprises de services a semble-t-il réveillé le Landerneau des analystes. « Ciel, serions nous en récession ? ». Fig1. ![]() J'entends souvent argumenter, en particulier dans la presse dite économique, que nous ne pourrions être en récession car nous n'avons pas eu deux trimestres consécutifs de contraction de l'activité. Ces gens là confondent la réalité d'une situation et la confirmation de cette situation a posteriori. En premier lieu il existe plusieurs définitions de la notion de récession. Prenons celle du National Bureau of Economic Research qui est la plus communément admise et l'organisme le plus souvent cité par les medias. C'est d'ailleurs étonnant que ceux qui citent régulièrement le NBER ne soient pas allés voir la définition qu'il en donne : A recession is a significant decline in economic activity spread across the economy, lasting more than a few months, normally visible in real GDP, real income, employment, industrial production, and wholesale-retail sales. A recession begins just after the economy reaches a peak of activity and ends as the economy reaches its trough. Between trough and peak, the economy is in an expansion. Expansion is the normal state of the economy; most recessions are brief and they have been rare in recent decades. Une récession est une baisse importante de l'activité économique répartie dans toute l'économie, d'une durée de plus de quelques mois, normalement visibles dans le PIB réel, le revenu réel, l'emploi, la production industrielle et le commerce de gros, la vente au détail. Une récession commence juste après que l'économie ait atteint un pic d'activité et termine alors que l'économie atteint son plus bas. ... Où parle-t-on de deux trimestres consécutifs ? Devant cette mauvaise interprétation le NBER lui-même a dû faire une mise au point que vous trouverez dans les FAQ : Q: The financial press often states the definition of a recession as two consecutive quarters of decline in real GDP. How does that relate to the NBER's recession dating procedure? A:: Most of the recessions identified by our procedures do consist of two or more quarters of declining real GDP, but not all of them. ... . Our procedure differs from the two-quarter rule in a number of ways. First, we consider the depth as well as the duration of the decline in economic activity. Recall that our definition includes the phrase, "a significant decline in economic activity." Second, we use a broader array of indicators than just real GDP. One reason for this is that the GDP data are subject to considerable revision. Third, we use monthly indicators to arrive at a monthly chronology. Question: La presse financière définit souvent une récession comme deux trimestres consécutifs de baisse du PIB réel. Quel lien cela a-t-il avec la procédure d'identification des dates de début et de fin d'une récession du NBER ? Réponse: La plupart des récessions identifiées par nos procédures se composent de deux ou trois trimestres de baisse du PIB réel, mais pas toutes. ... . Notre procédure est différente de la règle des deux trimestres sur un certain nombre d'éléments. Tout d'abord, nous considérons la profondeur ainsi que la durée de la baisse de l'activité économique. Rappelons que notre définition inclut la phrase, "une baisse sensible de l'activité économique." Deuxièmement, nous utilisons un large éventail d'indicateurs au delà du simple PIB réel. Une raison à cela est que les données du PIB sont sujettes à des révisions considérables. Troisièmement, nous utilisons des indicateurs mensuels pour parvenir à une chronologie mensuelle. L'autre événement de la semaine, et il est de taille mais surtout beaucoup plus significatif qu'un indice qui a peu de recul et qui est très volatile, c'est la publication par la FED et la BCE de données sur la situation du crédit. Ces données ont été obtenues par sondage auprès des banques sur le dernier trimestre 2007. Il s'agit (ils se traduisent tous les deux par : rapport sur le sondage relatif aux pratiques des banques en matière de prêts) :
Je ne vais pas vous les commenter en détail. Je vous laisse le plaisir de les découvrir et je vais uniquement vous en donner quelques extraits qui me semblent significatifs de la situation. FED : In the January survey, domestic and foreign institutions reported having tightened their lending standards and terms for a broad range of loan types over the past three months. Demand for bank loans reportedly had weakened, on net, for both businesses and households over the same period. Dans le sondage de janvier, les institutions financières nationales et étrangères rapportent qu'elles ont resserré les critères d'attribution pour une large gamme de prêts sur les trois derniers mois. Sur la même période, la demande de prêts a baissé de la part des entreprises comme des ménages. Resserrement des prêts aux entreprises : ![]() Resserrement des prêts immobiliers aux entreprises : ![]() Resserrement des prêts immobiliers aux particuliers (lire le zoom de droite : 55 à 80% !!!!)
![]() Resserrement des prêts à la consommation pour les ménages :
![]() BCE The results of the January 2008 bank lending survey referring to the fourth quarter of 2007 indicate a further increase in the net tightening of credit standards for loans to enterprises (from 31% in the third quarter of 2007 to 41% in the fourth quarter of 2007). The sharp tightening reflects the deterioration of financial market conditions since the start of the financial turmoil last summer and a worsening of banks’ situation. For the fourth quarter of 2007, banks also reported a further net tightening of credit standards for loans to households for house purchase (from 12% in the third quarter of 2007 to 21% in the fourth quarter of 2007). In addition, credit standards for consumer credit and other lending to households were tightened (from -3% in the third quarter of 2007 to 10% in the fourth quarter of 2007), compared with a net easing of credit standards in the previous quarter. Les résultats du sondage de janvier 2008 sur les politiques de prêts des banques sur le dernier trimestre 2007 indiquent un nouveau resserrement des normes d'attribution des prêts aux entreprises (passé de 31% au 3ème trimestre à 41% au 4ème). Le sévère resserrement reflète la détérioration des conditions des marchés financiers depuis la tourmente de l'été et une dégradation de la situation des banques. Sur le dernier trimestre de 2007 les banques ont également resserré leurs conditions d'attribution de prêts immobiliers aux ménages (de 12% au 3ème trimestre à 21% au 4ème). En complément les conditions d'attribution des prêts à la consommation et autres prêts aux ménages ont été durcies (de -3% au 3ème trimestre à 10% au 4ème) en comparaison avec le net assouplissement des normes de crédit au trimestre précédent. Resserrement des prêts aux entreprises : ![]() Resserrement des prêts aux particuliers (immobilier et consommation) :
![]() Alors la prochaine Une sera probablement celle du scandale des produits titrisés de cartes de crédit ou bien encore celle des titres adossés à des hypothèques sur des locaux commerciaux à moins que ce ne soient les prêts automobiles ! Il n'est d'ailleurs pas certain que les Etats-Unis soient seuls en première ligne sur ce front. Les britanniques, non seulement vont payer cher leur bulle immobilière, mais aussi leur dérive en matière de crédit à la consommation. Premier éclaireur sur ce front EGG. Célèbre organisme financier, détenu par Citigroup, vient d'envoyer à 161 000 de ses clients un courrier les prévenant que leurs cartes de crédit seraient désormais inutilisables mais que les remboursements, bien entendu, continuaient. A l'évidence nous sommes entrés dans un parfait effet Minsky ! Dans peu de temps ses ouvrages seront introuvables. Bonne semaine
Avertissement :
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