Marché haussier: l'orLes dernières analyses liées :
Vous connaissez mon sentiment sur les marchés financiers “traditionnels”. Ce n'est pas monsieur Takatoshi Kato1 directeur général adjoint du Fonds Monétaire International qui me contredira surtout après ce qu'il a dit fin septembre à Salzbourg. Je n'en retiendrai que deux phrases pour vous laisser le plaisir de découvrir le reste2 sur le site du FMI : "The recent turmoil in financial markets has now led to a much more uncertain situation. Les récentes turbulences sur les marchés financiers ont conduit à une situation beaucoup plus incertaine. ... This raises a key question about whether the U.S. current account deficit can continue to be financed easily. Cela soulève la question clé de savoir si le déficit des comptes courants des États-Unis pourra continuer à être financé facilement." D'ailleurs nous sommes tous rassurés depuis que nous avons appris que le Département du Trésor américain et les grandes banques nous mitonnent un plan3 de derrière les fagots pour tenter de sauver le marché des SIV (structured Investment Vehicule = CDO+CLO+...+ CDO² + ...). Un plan à 100 milliards de dollars tout de même ! Néanmoins je ne sais pas qui va venir sauver les fonds de pension qui ont tiré le mauvais numéro. En effet on commence ici et là à entendre parler de poursuites engagées par des fonds de pension à l'encontre de fonds d'investissement qui auraient, apparemment sans prévenir leurs clients fonds de pension, placer leurs actifs sur des ... devinez ? .... des CDO et autres sucreries. Aujourd'hui c'est State Street Advisors qui est poursuivi par Prudential Insurance et les fonds de pension plans de l'Alaska et de l'Idaho mais je suis prêt à parier que ce n'est là que le début d'une longue liste. Et donc je voudrais changer de sujet. Je ne sais plus qui l'a dit, mais un investisseur célèbre disait “il y a toujours un marché haussier quelque part !”. Je crois que c'est Jim Rogers. Aussi je vous propose de faire le tour d'un marché qui aujourd'hui me parait digne d'intérêt. Certains verront ainsi que je suis résolument un optimiste ! Il faut néanmoins que les choses soient bien claires avant de commencer cette exploration. Ma démarche n'est pas de conseiller mais de fournir des informations étayées et référencées pour que chacun soient en mesure, dans le secret de son for intérieur, et après confrontation avec d'autres sources, de prendre des décisions d'investissements et de les assumer.
Ça commence à se savoir aujourd'hui, on peut être acheteur d'or5. Il y a bien longtemps- en 2004 - j'entretenais une file sur les métaux précieux6. Je l'ai retrouvée grâce à l'ami Crock. L'or s'est véritablement réveillé en 2002 pour les investisseurs en dollars américains mais seulement en 2005 pour les européens. Je le répète, pour un européen suivre l'or en dollar ... ça ne sert pas à grand chose ! Fig1. J'ai déjà longuement argumenté sur l'intérêt d'investir dans l'or et je vous laisse vous reporter à mes précédentes interventions :
Celles-ci peuvent néanmoins être complétées par quelques réflexions sur l'offre et la demande. Voyons tout d'abord la situation de l'offre. Globalement l'offre sur le marché de l'or est alimentée par trois sources :
Les derniers chiffres des producteurs montrent une stagnation de la production minière mondiale d'or voire une légère baisse à l'instar de l'Afrique du Sud dont la production annuelle9 baisse aujourd'hui de 5% environ. Fig2.
Les banques centrales liées jusqu'en 2009 par un accord régulant les ventes d'or (Gold Agreement10) ne semblent plus disposer à lacher leur réserve d'or. La Deutsche Bundesbank, qui n'a pas atteint son quota de vente en 2007, a ainsi annoncé que pour le moment seules 8 tonnes destinées à la frappe de monnaie seraient cédées. La banque centrale allemande est le deuxième détenteur d'or avec 3417 tonnes derrière les Etats-Unis (8133 tonnes) et devant le Fonds Monétaire Internationale et la France (2658 tonnes). Fig3.
Enfin la dernière composante de l'offre, la fonte d'objets en or collectés (old gold scrap), a connu une soudaine accélération en 2006 (1106 tonnes) probablement dûe à l'effet d'opportunité créé par l'augmentation récente des prix dans toutes les devises. La stagnation relative des prix en 2007 et l'instabilité financière croissante explique sans doute le recul récent de cette composante de l'offre. En face de cette offre, la demande est composée :
Les indiens ont une relation toute particulière avec l'or. L'or y est considéré comme une valeur symbolique, une monnaie et surtout comme une assurance pour l'avenir. Longtemps on a parlé du magot en Louis d'or des français caché sous leur matelas. Le magot détenu par les particuliers en Inde est à la dimension du pays. On l'estime à environ 14 000 tonnes d'or soit 10% de l'or existant. On parle souvent de la Chine et de sa formidable transformation mais ce qui se passe en Inde est tout aussi exceptionnel et dimensionnant pour le marché de l'or. L'évolution du niveau de vie des indiens et l'appréciation de la roupie par rapport au dollar (20%) sont deux facteurs qui devraient contribuer à soutenir les achats de joaillerie. Un troisième facteur de soutien de la demande d'or c'est le formidable développement des trackers de métaux précieux. Même en Inde il s'en est créé un ! La demande des investisseurs croit de façon importante. Cette demande devrait continuer à croitre pour les raisons liées à la conjoncture économique et que j'ai déjà évoquées dans mes précédents posts. Les évènements récents sont venus le confirmer. Enfin le dernier facteur de soutien de la demande ce sont les besoins ... des banques centrales elles- mêmes. Beaucoup de gens l'ignorent, mais l'or est toujours une monnaie. Ce n'est pas pour rien que les Etats-Unis détiennent (ou détiendraient ?) près de 76% de leurs réserves en or et que la France en détient plus de 55% . Dans un contexte de baisse inexorable (à LT) du dollar, les achats des banques centrales “sous-capitalisées” en or devraient soutenir la demande (la Chine seulement 0,9%, le Japon 1,8% et la Russie 2,1%). En résumé: l'offre est stable ou légèrement en baisse alors que plusieurs éléments militent pour une demande relativement forte. Mais contrairement aux matières premières “classiques”, l'or ne suit pas la logique liant offre/demande et prix. Pour les métaux, le schéma classique c'est une corrélation entre l'abondance de l'offre (suite à une explosion initiale des prix) et une baisse des prix suivie d'une corrélation symétrique entre la raréfaction de l'offre (conséquence du sous investissement du fait de la baisse des prix) et la reprise des prix. Du fait de son statut particulier de monnaie, l'or échappe à ces corrélations liées purement aux cycles d'investissement. Plus qu'une monnaie, l'or est une référence. Bien avant l'€uro, le 20F circulait au delà des simples frontières de l'hexagone. Sa valeur unique (5,81 grammes d'or) se déclinait en 20F Vreneli suisse, 20F Napoléon, 20F Union latine, 20F Leopold, 20 Tunisie .... Des guerres ou bien des décisions politiques ont interrompu la corrélation entre la monnaie faciale et la valeur réelle de celle-ci. Le plus célèbre est probablement le “coup d'état” de Roosevelt qui en avril 1933 décrétait la détention d'or illégale (Presidential Executive Order 6102) puis en 1934 proclamait la confiscation de l'or des banques (Gold Reserve Act : en échange de certificats or non échangeables en or !) et la dévaluation de 41% du dollar. Il faudra attendre 1975 pour que les citoyens américains recouvrent le droit d'acheter et de détenir de l'or. L'or répond donc à d'autres facteurs que ceux qui contraignent les mouvements de prix et de production des métaux. Pour s'en assurer il suffit de jeter un oeil sur ce graphique où sont représentés prix ($ par once) et production mondiale d'or (en tonnes). fig4.
Ce graphique montre qu'il n'y a pas de corrélation évidente entre production et prix. De 1900 à 1933 : l'or étant la référence de la monnaie mise en circulation soit 20,67 $ pour une once d'or, puis en 1933 à 35 $ pour une once d'or et celà jusqu'en 1971. C'est donc bien la volonté politique qui est le maitre mot de l'évolution du prix de l'or. On devrait d'ailleurs plutôt dire combien vaut un dollar en or plutôt que chercher à coter l'or en dollar. C'est le dollar11 qui vaut de moins en moins, pas l'or. Toujours sur ce même graphique on pourrait être tenté de lier le top de production en 1971 avec l'explosion des prix à la même époque. Mais en fait cette date coïncident avec l'ouverture du marché de l'or aux particuliers aux Etats-Unis et surtout avec le retour de l'inflation monétaire. D'ailleurs la fin de la baisse de production en 1980 est aussi la fin de la hausse. Alors que la production n'a pas retrouvé ses plus hauts, les prix commencent déjà à baisser. On sait aujourd'hui que ce top a été contenu par les interventions massives de banques centrales et plus particulièrement des Etats-Unis (d'où le conditionnel employé pour présenter l'état de leur réserve d'or). Décidemment l'or est vraiment un animal singulier ! Mais pour moi aujourd'hui un élément déterminant, alors que nous sommes cernés de bulles, c'est que ce métal soit bon marché par rapport à un actif surévalué. Pour s'en assurer il suffit de regarder combien d'or il faut pour acheter le SBF250 ou le Dow Jones. Aujourd'hui il faut 250g d'or pour acheter le SBF250 alors qu'historiquement la moyenne se situe à 150g. Fig5.
Encore faut-il maintenant savoir quoi, quand et comment l'acheter et enfin quand et comment le vendre. En attendant bonne semaine à toutes et à tous
1 Deputy Managing Director, International Monetary Fund - Salzburg Global Seminar, Salzburg, Austria, September 30, 2007 10 Le Gold Agreement se termine le 26 septembre 2009. Les signataires – Banque Centrale Européenne, Banka Slovenije, Banca d'Italia, Banco de Espana, Banco de Portugal, Bank of Greece, Banque centrale du Luxembourg, Banque de France, Nationale Bank van Belgie/Banque Nationale de Belgique, Deutsche Bundesbank, Central Bank and Financial Services Authority of Ireland, De Nederlandsche Bank, Oesterreichische Nationalbank, Suomen Pankki, Schweizerische Nationalbank et Sveriges Riksbank se sont engagés à coordonner et limiter leurs ventes pour respecter un plafond de 500 tonnes par an. 11Initialement (en 1792) un dollar = 0.05156 once d'or soit 1 once d'or pour 19,39 $ ------------------------------------------------------------ Avertissements au lecteur : Pour être en mesure de poster votre réponse ou votre commentaire dans cette file vous avez préalablement accepté les termes de la Charte de Pro-at.
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