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La gaffe !
Le récent interview donné par notre président à des journaux américains a remis sur le devant de la scène le dossier iranien. L'évidente contradiction entre ces propos “off” et la position officielle affichée jusqu'alors montre encore une fois « que l'on ne nous dit pas tout ».
Que ne nous a -t-on pas dit ?
Qui vous a dit que l'Iran, qui compte aujourd'hui environ 68,7 millions d'habitants1, comptera en 2050 plus d'habitants que la Russie, soit 105 millions d'habitants ? fig1. ![]()
Fig2. ![]() Plus important encore, la situation désastreuse de l'exploitation pétrolière iranienne nécessiterait de lourd investissement pour maintenir, a minima, la production à son niveau actuel. Ce financement est assuré naturellement par le pétrole et le gaz exporté. Or, le pourcentage de produit exporté stagne depuis 1996 du fait de l'accroissement régulier de la consommation interne causé par l'augmentation de la population. Même aux moments les plus sombres de la guerre contre l'Irak (750 000 morts et destruction de près de la moitié de son appareil de production!), l'Iran n'a jamais manqué ses objectifs de quotas définis par l'OPEP pendant une aussi longue période. En outre, le maintien du débit de production et l'optimisation du taux de récupération de pétrole nécessite de mettre en oeuvre des techniques de réinjection de gaz (il s'agit de réinjecter le gaz qui accompagne la sortie de pétrole et d'eau pour maintenir la pression dans le réservoir). Mais l'Iran est face à un terrible dilemne : faut-il orienter ce gaz vers la consommation interne, dont la demande croit de 9,2% par an, ou bien le vendre pour financer la modernisation de sa production ou bien encore le réinjecter pour maintenir le débit et donc le financement de l'appareil de production ?
À tout celà vous ajoutez le fait que le régime iranien subventionne très largement les produits raffinés qu'il est obligé d'importer au prix fort par manque d'investissement et enfin que les Etats-Unis ont mis en place un blocus des investissements (ou tentent de le faire, les chinois, les russes , les indiens et les japonais ont tendance à l'ignorer superbement) il est alors aisé de comprendre dans quelle impasse se trouve le régime iranien.
L'Iran doit donc impérativement trouver une autre source d'énergie pour satisfaire ses besoins internes et maintenir ses exportations de produits pétroliers pour financer la modernisation de son outil de production et sa croissance (63% des revenus de l'état iranien en 2004). C'est la conclusion à laquelle est arrivée Roger STERN2 dans son étude récente “The Iranian petroleum crisis and the USA national security” : L'Iran a légitimement besoin du nucléaire civil pour assurer son avenir.
Une autre conclusion nous intéresse directement en tant qu'investisseur. Elle est tirée de l'étude de 4 scenarii évaluant les perspectives à long terme sur les exportations de pétrole iranien. Selon STERN, le scenario le plus probable est une baisse de 33 à 46 % des exportations d'ici 2011 et un arrêt de celles-ci vers 2015. La seule issue possible pour le régime serait qu'une flambée importante la manne pétrolière permette d'assurer la pérennité de la production iranienne tout en maintenant à niveau le budget étatique au service d'une économie du plus pur mode dirigiste.
Mais ce scenario c'est un peu celui de “la poule et l'oeuf”. Si les exportations iraniennes baissent, les prix risquent de monter d'autant qu'en ce moment même plusieurs producteurs annoncent des baisses importantes de leur production (Norvège, Royaume-Uni, Mexique, Indonésie ...).
Après plusieurs échecs américains pour faire tomber le régime des mollahs, l'utilisation de l'arme du prix du brut, avec le concours de l'Arabie Saoudite, est sans doute le moyen le plus soft d'y parvenir... encore faut-il que le timing le permette, confronté à la baisse de plusieurs productions importantes, à la hausse de la demande des pays émergents et à l'échéance de l'arrêt des exportations iraniennes.
L'intérêt des Etats-Unis est de maintenir le brut au plus bas et d'empêcher la mise en place d'énergies alternatives pour asphyxier financièrement l'Iran et conduire ainsi à la chute du régime. L'intérêt iranien est de maintenir le brut au plus haut quitte à entretenir un facteur géopolitique d'instabilité dans la région.
Le pétrole risque de rester un sujet chaud pour les investisseurs !
Bonne semaine
2Département de géographie et de science environnementale de l'université John Hopskins. Son étude publiée est ici : http://intl.pnas.org/cgi/reprint/104/1/377
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